La solitude du dirigeant

La solitude du dirigeant

La solitude du dirigeant dans les PME et les ETI est encore un sujet tabou. Pourtant, c’est un fait réel dont on parle aujourd’hui très peu.

Une étude menée en 2016 par Bpifrance Le Lab, intitulée « Vaincre les solitudes du dirigeant », montre que 45 % des dirigeants de PME et ETI se sentent isolés et que 74% d’entre-eux ne se sentent pas particulièrement entourés.

Alors, la solitude du chef d’entreprise est-elle inhérente à la fonction ? Comment la rompre ? Est-il possible de le faire ? Retrouvez ci-dessous des conseils et des avis issus de mes rencontres et de mes échanges avec plusieurs d’entre-eux.

La solitude du dirigeant est-elle inhérente à la fonction ?

La fonction de dirigeant suscite de la convoitise et véhicule de nombreux phantasmes, parfois même de la jalousie ou de l’envie. Plus rarement de l’admiration ou de la reconnaissance.

Bien souvent on ne voit qu’une seule face de la médaille : celle du dirigeant performant, qui réussit de belles levées de fonds, qui est invité sur les plateaux TV et qui fait les gros titres de la presse économique. 

Quid de l’autre face, celle dont on ne parle pas ? La face des embuches, des nuits blanches, du stress, du manque de reconnaissance, de la solitude…

On met en lumière celui qui réussit. C’est encourageant et ça pourrait remonter le moral ! Mais regardons cette solitude, compagne de voyage d’un peu plus près.

Une place à part

La fonction de dirigeant est unique dans une entreprise : il est seul au sommet de la pyramide.

Même entouré d’actionnaires à qui rendre des comptes ou d’un Comité de Direction (quand il existe, ce qui n’est pas toujours le cas dans les PME), le dirigeant est seul dans sa réflexion, seul dans sa prise de décision et seul pour assumer les conséquences de ses actes.

Chaque décision engage sa responsabilité.

Il n’a ni homologue, ni pair, mais des collaborateurs auprès desquels il est guère possible d’exposer des craintes, des doutes ou des difficultés. Il est seul aux commandes.

Cette solitude peut également se retrouver dans la sphère familiale, qui peut, à terme, être moins réceptive au partage des tracas.

Poker face

Même soucieux, le dirigeant se doit de faire bonne figure en permanence afin de ne pas inquiéter les équipes.

C’est le « poker face » : montrer que tout va bien, que tout est sous contrôle, alors que les éléments dont il dispose, sont loin de le rendre serein.
Cette posture de chef conduit tout naturellement le dirigeant vers encore plus de solitude. 

En tant que Coach professionnelle, les dirigeants de PME et ETI que j’accompagne, admettent qu’ils doivent se montrer forts en toute circonstance et qu’ils n’ont pas le droit de se plaindre.
Comme si cela était un signe de faiblesse, un aveu d’impuissance ou un manque de courage.

« Sois fort », « sois parfait », sont autant de messages contraignants qui nous pourrissent la vie ! 

La solitude du directeur est inhérente à la fonction. Certains de mes clients reconnaissent qu’ils la subissent plus qu’ils ne la choisissent. Elle fait partie du package.

Mal vécue, elle peut être source de stress.
C’est ce stress, qui peut paralyser et empêcher d’anticiper certains événements. Et c’est ce stress qui peut conduire à un manque de discernement et à des prises de décisions malheureuses.

Comment rompre la solitude du dirigeant ?

Entre le patron d’une entreprise du CAC 40, entouré d’une ribambelle de conseillers (qui n’osent peut-être pas tout lui dire) et le dirigeant d’une PME qui a le nez dans le guidon, la solitude est nécessaire à l’exercice de la fonction, ne serait-ce que pour prendre conscience à quel point le pouvoir (ou l’utilisation qu’on en fait) peut être grisant et faire perdre pied.

Partager le pouvoir 

  • Avez-vous un CODIR, un COMEX ?
  • Avez-vous confiance en eux ?
  • Comment êtes-vous entouré ?

Avoir une gouvernance est probablement l’une des meilleures solutions à la solitude du dirigeant. Cela ne signifie pas que la prise de décision est diluée, mais un Comité de Direction peut vous accompagner dans votre réflexion. Cela est plus qu’utile dans un environnement qui devient de plus en plus complexe et incertain.

On parle beaucoup de leadership en entreprise, mais on parle peu du rôle et de l’importance du « second », de l’adjoint, comme s’il était peu valorisant. C’est bien dommage, car un adjoint (de qualité) est un élément clé dans une organisation.

On évoque également beaucoup les concepts de l’entreprise libérée, où le système hiérarchique pyramidal classique a disparu au profit d’une structure plate dans laquelle les collaborateurs s’auto-dirigent. 

L’approche et le fonctionnement peuvent être très intéressants car l’entreprise libérée promeut l’autonomie et la responsabilisation de tous.
Elle repose sur la confiance et suppose que le dirigeant soit, dans une certaine mesure, capable de s’effacer pour laisser ses collaborateurs prendre les meilleures décisions…

Partager le pouvoir n’est pas un signe de faiblesse.

Agnes Menso, Coach professionnelle

Un dirigeant qui gagne est un dirigeant qui sait s’entourer et se mettre en retrait pour laisser l’individu et le collectif donner le meilleur d’eux-mêmes.
C’est la base de l’esprit d’équipe

Faire preuve d’authenticité

Je vous entends d’ici ! « Mais ce n’est pas possible, elle délire complètement ! »

Et pourquoi pas ? Tout dépend évidemment du contexte ! Je ne vous dis de vous épancher auprès de qui veut l’entendre. Je vous suggère simplement de parfois tomber le masque et demander de l’aide. 

  • Le rôle de représentation dans lequel vous êtes et excellez, n’est-il pas fatiguant ?
  • Et si vous sortiez un peu de cette posture de dirigeant ?

Sortir de sa tour d’ivoire

  • Que disent vos collaborateurs de vous ?
  • Quelle image ont-ils ?

Le pouvoir peut vite déconnecter de la réalité du terrain. Sortez de votre bureau et passez de temps avec vos collaborateurs : saluez-les le matin, questionnez-les sur les projets sur lesquels ils travaillent, demandez-leur un feedback… 

En plus de leur montrer un réel intérêt (qui va de pair avec l’authenticité dont nous parlions ci-dessus), vous pourriez être surpris par leurs réponses et leurs avis.
C’est d’ailleurs un des grands principes de l’entreprise libérée : « c’est celui qui fait qui sait… », mais c’est surtout un puissant levier de motivation.

Privilégier les rencontres de la vie

Malgré les nombreux outils de communication et les réseaux sociaux, nous ne nous sommes jamais sentis aussi seuls et isolés. 

Pour rompre cet isolement du dirigeant, vous pouvez rejoindre des réseaux (pas des virtuels !), participer à des conventions, des colloques, vous former… Peu importe que ces échanges entre pairs soient formels ou pas. Ils ont le mérite de créer du lien et permettent d’échanger des bonnes pratiques. 

C’est l’occasion également pour certains de bénéficier de conseils et de l’expérience des plus chevronnés. 

Garder un équilibre vie personnelle – vie professionnelle

  • Consacrer du temps à sa famille est primordial.
  • Se ménager des espaces pour soi l’est tout autant. Pour certains, ce sera du sport, d’autres s’impliqueront dans une association caritative, jardineront, ou suivront des cours de cuisine.
  • Ne rien faire – sans culpabiliser – est aussi une option.

L’essentiel est de trouver une activité qui procure plaisir, détente et déconnexion complète. A chacun sa méthode !

A vous de choisir celle qui vous correspond le mieux. L’essentiel est ici de rompre la spirale de la solitude que vous connaissez dans votre travail.

Se faire accompagner 

Les séances de Coaching du Dirigeant sont une « bouffée d’air frais ». Elles sont l’occasion de réfléchir sur vous, vos talents, la stratégie de votre entreprise, l’amélioration de votre gestion du temps et de votre communication, ou encore, dans le cadre d’un Coaching au féminin, sur votre capacité à oser ! 

C’est un échange au cours duquel il n’y a pas d’enjeu de pouvoir. Le Coaching en entreprise est un espace de liberté où vous pouvez exprimer sans crainte votre ressenti et votre pensée.

Les séances vous permettent de mettre rapidement en place des plans d’actions et des stratégies gagnantes. La solitude du dirigeant est, au final, plutôt « normale ». Rien ne sert de la combattre pour la vaincre à tout prix.

Si vous savez nourrir et apprivoiser votre solitude, elle sera votre force et votre liberté. 

Agnes Menso, Coach professionnelle

Si à la lecture de cet article, la chanson de Georges Moustaki « Ma Solitude » vous revient en mémoire, alors lâchez tout, laissez-vous emporter. Si vous avez envie de poursuivre avec « Ma Liberté » et le reste de l’album, alors faîtes-le. Et laissez-vous émouvoir.

Non, je ne suis jamais seul, avec ma solitude.

Georges Moustaki, auteur, compositeur, interprète

2 réflexions sur “La solitude du dirigeant”

  1. Avatar
    Costedoat

    Bonjour Agnes.
    Tres.juste votre article. De plus quand les mutations peuvent s enchainer.
    J espere que vous allez bien.
    Au plaisir.
    Jacques

    1. Agnes Menso

      Bonjour Jacques, et merci pour votre commentaire.
      La solitude du dirigeant est en effet un « vrai » sujet !

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