Le control freak

Control freak

Le XIXème siècle était celui de l’hystérie, le XXème celui du stress et il semblerait bien que le notre soit celui du control freak. En rédigeant cet article et en questionnant mon entourage, je me suis rendue compte que ce terme n’était pas toujours employé à bon escient. Alors, qu’est ce qu’un control freak (et pas frac ou fric…) ? Quelles sont ses caractéristiques et comment le reconnaître ? Comment vivre et travailler avec lui ? Que peut-on apprendre d’un control freak

A la fin de cet article, je répondrai à 3 questions sur lesquelles j’ai travaillées avec mes clients dans le cadre de leurs séances de coaching individuel. 

Définition du control freak

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La traduction en Français de control freak est « maniaque du contrôle » ou encore « obsédé du contrôle ». Selon Wikipedia, l’expression de control freak est utilisée pour la première fois aux Etats Unis dans les années 1970. C’est un terme peu flatteur, et qui l’est d’autant moins lorsqu’on sait que Freaks en Anglais signifie « monstres ». Il est également le titre d’un film éponyme réalisé par Tod Browning en 1932. 

Mais les control freaks n’ont rien à voir avec des créatures menaçantes et effrayantes ! Ils sont, selon le psychanalyste Roland Gori « des gens monstrueusement pris dans une obsession compulsive du contrôle ». En psychologie, le maniaque du contrôle désigne donc « un individu qui tente de déstabiliser en se basant uniquement sur l’imposition de règles personnelles envers son entourage ».

Le control freak (ou la control freak) est une personnalité contrôlante où rien, que ce soit dans l’environnement personnel ou personnel, n’est laissé au hasard. L’individu prend le contrôle sur son entourage, en érigeant et imposant ses propres règles, sa façon de fonctionner, selon un déroulé qu’il a imaginé et un résultat qu’il souhaite atteindre. Malheur à celui (ou à celle) qui se rebelle, remet en cause ce qui a été décidé ou ne respecte pas le planning élaboré.

L’imprévu et la spontanéité n’existent pas car tout est soigneusement anticipé, chronométré, planifié et organisé.

Agnes Menso, Coach professionnelle et Coach personnelle

Comment reconnaître un maniaque du contrôle ?

La psychanalyste Sophie Cadalen précise que « l’obsession du contrôle est en chacun(e) de nous. Mais s’il y a déséquilibre entre la pulsion de vie créatrice (l’élan, le lâcher prise) et l’instinct excessif de conservation du moi (rien ne doit en déranger les contours, tout changement est perçu comme une menace), on peut aboutir à une volonté de contrôle absolu ».

Sans pour autant être un self-control freak, rares sont celles et ceux qui peuvent échapper à ce besoin de tout contrôler.

Agnes Menso, Coach professionnelle et Coach personnelle

En effet, notre civilisation est aujourd’hui très organisée et tend à le devenir de plus en plus. Elle incite ainsi chacun à faire de même.

Le contrôle absolu

Derrière cette façade parfaite en apparence mais qui ne tient qu’à un fil, l’ordre et la raison priment sur le désordre et l’improvisation. Ce contrôle s’opère à plusieurs niveaux : vis à vis des autres et vis à vis de soi.

Le control freak va prendre les devants. Il est en effet convaincu qu’il fait tout mieux que les autres, qui ne savent pas s’organiser et ne pensent pas à tout, … Cette attitude de toute puissance peut lui donner un air supérieur, arrogant ou condescendant. Persuadé que son intervention est nécessaire et qu’il agit pour le bon fonctionnement de la communauté (alors qu’en réalité, il agit avant tout pour lui) qui ne lui a rien demandé, ce besoin de tout contrôler est quasi-viscéral. 

C’est sa seule façon de se sentir en sécurité et d’avoir confiance en soi, même si ses efforts ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Cette absence de reconnaissance vient anéantir la confiance et les encouragements qu’il vient chercher. Le control freak est dans une spirale sans fin. 

Que ce soit vis à vis des autres ou de lui-même, tout est scruté à la loupe : le look et l’allure doivent être impeccables, l’attitude irréprochable… Ce qui, admettons-le, relève du miracle. Il lui est impossible de lâcher, de se laisser aller et de se laisser porter. Ces mots ne font tout simplement pas partie de son vocabulaire.

Le control freak est dans le micro-management de sa journée (et de celle des autres). Celle-ci est taylorisée, dans le sens où son rythme et ses activités sont cadencés de la même façon que ceux de l’entreprise avec des to do lists, des tableaux, du reporting ultra précis, …

Cette organisation à outrance peut vaciller à tout moment. Il est en effet impossible de tout prévoir, et il suffit parfois de peu pour que la machine s’enraye : un imprévu qui s’invite, et le planning minutieusement élaboré s’effondre ; tout comme notre control freak, qui en dépit de ses efforts, a l’impression d’avoir lamentablement échoué.

Le perfectionnisme

Le control freak est dans la recherche de la perfection absolue, bien difficile à atteindre tant les critères d’exigence qu’ils imposent aux autres et à lui-même sont élevés. Le control freak vit alors dans l’insatisfaction permanente. Il ne s’accorde aucun droit à l’erreur et déteste être pris en défaut, qui est pour lui une forme d’humiliation.

Cette carapace est une protection qui empêche la moindre forme de vulnérabilité et de fragilité. Elle conduit notre « obsédé du contrôle » à passer à côté de la Vie et de sa vie. Elle empêche les rencontres inopinées et spontanées, le petit grain de folie, les joies simples, la surprise et la magie de l’instant car il n’y a tout simplement pas la place pour ces moments hors calendrier millimétré et réglé comme du papier à musique. 

Demande d'entretien

Manque de confiance en soi

Ce besoin de contrôle absolu et de perfectionnisme masque en réalité un profond manque de confiance en soi. Mais comment faire confiance aux autres alors qu’on n’a pas confiance en soi ? Le control freak tient les rênes de son existence et de celle des autres très (trop) serrées, sans qu’un souffle ou un espace de liberté ne puisse passer. L’entourage, au fil du temps peut avoir de plus en plus de difficultés à supporter ce côté rigide, parfois rabat-joie et stressant. Son attitude fait douter son entourage de ses capacités, qui pense qu’il n’est pas capable de prendre des décisions et d’agir en conséquence. 

Cet emprisonnement épuise, et lorsque la crise qu’il n’avait pas prévue survient et chamboule tout, le control freak est « au pied du mur  ». Cette confrontation à la réalité est douloureuse car cette prise de conscience remet en cause des certitudes, tout un mode de fonctionnement, une éducation, des injonctions (dont le fameux sois parfait !), des principes gravés dans le marbre et des croyances. Il fait alors face à ses excès, sa vulnérabilité et à ses failles mais goûte enfin la liberté de choisir : rester ainsi et continuer dans cette spirale ou au contraire se faire aider pour faire autrement.

Comment travailler avec un control freak ?

Avant de vous arracher les cheveux, il me paraît indispensable de distinguer le control freak, qui est un anxieux pathologique et qui développe les troubles d’une personnalité contrôlante (des OCDObsessive-Compulsive Disorder par exemple), de celui, qui de par la pression exercée dans l’entreprise, aura tendance à développer des mécanismes de contrôle, pour ne pas être mis sur la sellette. Attention au burn-out !

Plus l’individu exerce des fonctions à responsabilités, plus il est exposé et en vue, plus une maîtrise totale et absolue le rassurera. 

Agnes Menso, Coach professionnelle et Coach personnelle

Les relations de travail avec un control freak peuvent s’avérer difficiles, frustrantes et démotivantes. Une des fonctions du manager de proximité est en effet d’accompagner ses collaborateurs dans le développement et l’acquisition de nouvelles compétences. On sait que la confiance n’exclut pas le contrôle, mais comment progresser avec un manager :

  • Qui ne laisse pas d’autonomie à ses équipes ?
  • Qui ne laisse pas ses collaborateurs se tromper et apprendre de leurs erreurs ?
  • Qui ne laisse pas ses équipes prendre des initiatives ?
  • Qui ne laisse pas ses collaborateurs faire l’expérience du risque ?
  • Qui ne laisse pas ses équipes oser ?
  • Qui pinaille et s’immisce dans tout (même ce qui ne le concerne pas) ?
  • Qui ne délègue rien ?
  • Qui est en permanence débordé par des micro-tâches et des urgences ?
  • Qui ne fait pas confiance ? 

Voici 3 conseils pour vous aider à travailler avec un manager qui contrôle tout. Ces personnalités contrôlantes peuvent vous amener à développer et acquérir des compétences de savoir-être et de savoir-faire hors pair.

S’affirmer avec douceur et fermeté

Il est inutile de vous énerver et de montrer de l’agressivité. En effet, une attitude agacée risque au contraire de stresser d’avantage le control freak et renforcer son obsession du contrôle. Rester zen, faire preuve d’assertivité, montrer de l’empathie et lui expliquer en toute franchise et avec honnêteté ce que son comportement produit en vous, peuvent l’amener à le faire réfléchir. Pensez à utiliser les règles d’un feedback de qualité.

L’écouter

Le control freak n’est pas un mauvais manager et il a souvent conscience de son mode de fonctionnement. Il est pris dans une spirale infernale. Ecoutez ce qu’il dit, fixez votre attention sur les détails qu’il fournit, reformulez ses exigences, montrez que vous les avez entendues et évitez de reproduire du micro-management à son égard. Votre attitude va l’apaiser et vous permettre de prendre de la hauteur.

Anticiper

Sans rentrer dans le contrôle absolu, envisagez différents scénarios et montrez-lui que vous avez une vision globale de la situation. Il constatera alors qu’elle est maîtrisée, sous contrôle et appréciera votre fiabilité. Cette bouffée d’oxygène dont il manque cruellement, va le tranquilliser et doper sa confiance. 

Assertivité, écoute et anticipation peuvent être les piliers pour travailler sereinement avec un control freak. Partagez également ces pratiques avec d’autres, car vous êtes probablement plusieurs à subir cette situation. 

Vivre avec un control freak

Vivre avec un maniaque du contrôle, surtout quand on ne l’est pas, peut vite devenir rock’n roll ! Et vice-versa. Voici quelques conseils pour rendre le quotidien plus facile pour tout le monde.

Rester zen

Plus vous allez vous énerver, plus vous allez le stresser et le faire se refermer. Comme dans l’environnement professionnel vu précédemment, faîtes preuve d’assertivité

Communiquer et écouter

Il est primordial de faire comprendre au control freak que son besoin de tout contrôler est difficile à vivre. Ce désir d’autonomie, d’indépendance ou tout simplement de liberté n’est en rien dirigé contre lui. Il est impossible de tout contrôler et que même si nous le voulions, nous ne pourrions tout simplement pas le faire : chacun a son libre-arbitre et il est rare que tout se passe exactement comme prévu. Et si vous le faisiez réfléchir sur ce qu’il ne peut pas contrôler (les autres, la situation dans le monde, …) et ce sur quoi il a un pouvoir (son sourire, ses propos, ses lectures, …) ?

Le control freak 1

Vivre le moment présent

Le control freak est toujours dans l’anticipation et la prévision du « coup d’après ». C’est donc difficile pour lui d’être dans le moment présent. Essayez alors de le ramener à ce qui se passe à l’instant T et à ce qu’il ressent. 

Faire preuve d’humour

Vous pouvez également faire comprendre au control freak, exemples à l’appui, qu’il n’y a rien de grave si tout n’est pas parfait ! Cela lui permet de relativiser et de commencer à faire confiance : ce n’est pas parce que les autres font autrement que ce sera mal fait.

L’imperfection est source d’amélioration et de développement.

Agnes Menso, Coach professionnelle et Coach personnelle

Explorer d’autres univers

L’idée est de couper avec la routine bien installée. Sans pour autant expérimenter d’emblée la méditation ou certaines pratiques douces, vous pouvez trouver des activités pour l’apaiser, l’aider à relativiser, le connecter à ses ressentis pour mieux gérer ses émotions : une balade en forêt, un piquenique, une nuit dans une cabane dans les arbres, une fête, …

Le rassurer

Cela va l’amener à sortir de la violence qu’il porte à son égard : « si je ne fais pas ma séance de sport, mon régime est fichu », « si je ne suis pas impeccable, il / elle va me quitter », … Non, vous n’allez pas le / la quitter, et non, le régime n’est pas fichu ! Le rassurer sur les sentiments que vous lui portez, faire preuve de douceur, de tolérance et d’indulgence à son égard va lui permettre de se faire plus confiance et de lâcher du lest. Cela l’amènera également peu à peu à le sortir de la dépendance du regard de l’autre.

Lui proposer de l’aide

S’il est prêt à l’entendre, vous pouvez lui suggérer de se faire accompagner par exemple dans le cadre d’un coaching individuel, d’une thérapie, ou d’une psychanalyse. Le recours au tiers est probablement la meilleure solution car le travail effectué permet de mieux cerner la psychologie d’une personne contrôlante et en appréhender les mécanismes de fonctionnement.

Peut-être vous reconnaissez-vous dans ces lignes, et peut-être vous demandez-vous si vous n’êtes pas control freak… Rassurez-vous, être contrôle freak n’est pas une maladie honteuse ! Cette angoisse de vouloir tout contrôler cache bien souvent des traits de sensibilité extrême

Pour savoir si votre mot d’ordre est « Je garde le contrôle », le Net regorge de tests sur le control freak. Pour celles et ceux qui me lisent régulièrement, je ne m’aventurerai pas à donner un quelconque avis sur ce genre de quiz. Acceptez-vous tel que vous êtes, et si cette obsession du contrôle vous gâche la vie et celle de votre entourage, quelques séances de coaching ou de thérapie peuvent vous aider. Enfin, gardez en mémoire que Victoria Beckham, Bill Gates, Karl Lagerfeld ou Steeve Job (et bien d’autres) sont / étaient des control freaks célèbres. L’étendue de leur empire respectif permet donc de relativiser un peu, le maniaque du contrôle qui se maîtrise est un leader hors du commun ! L’essentiel est d’être conscient de son fonctionnement et de trouver de la justesse dans celui-ci.

Les réponses à vos questions sur le control freak

C’est quoi un control freak ?

Un control freak est, dans le jargon psychologique, un maniaque du contrôle, ou encore un obsédé du contrôle. C’est un terme qui est rentré dans l’usage courant et qui est malheureusement souvent utilisé à tort et à travers. Il faut donc distinguer celui qui souffre de cette pathologie et qui développe des TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs), de celui qui est dans le contrôle car son environnement l’exige. Ce n’est pas parce que vous réalisez des to do lists à rallonge et que vous êtes ultra-organisé que vous êtes un control freak !

Comment reconnaître un maniaque du contrôle ?

Le maniaque du contrôle aime avoir le pouvoir sur tout et sur tout le monde, que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère professionnelle. Tout est minutieusement planifié et organisé dans les moindres détails : les vacances, les sorties, les menus, les activités, les présentations powerpoint aux clients, … Ce contrôle n’est bien souvent qu’illusion car il y a toujours un imprévu qui vient gripper le système.

Comment vivre avec un control freak ?

Vous pouvez vouloir être pris en charge de la sorte (c’est vrai que ça peut être reposant !) et ne rien vouloir changer ou au contraire vous sentir étouffé et infantilisé. Rien ne sert de vous énerver, ce besoin de contrôle est plus fort que tout. Alors place au dialogue et à l’empathie.

Le control freak 2

Vous aussi vous êtes control freak ?

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