Le bore-out

Le bore-out

Egalement appelé « syndrome d’épuisement au travail par l’ennui », le bore-out reste un sujet tabou en entreprise. Difficile effectivement de se plaindre de son travail et d’en évoquer l’ennui, alors que tant de Français souffrent du chômage et voudraient travailler. Pourtant, c’est un mal réel. Tout comme le burn-out dont il est l’opposé, le bore-out n’est pas considéré comme une maladie professionnelle.

Quelle est la définition du bore-out ? Quels sont ses causes et ses symptômes ? Comment sortir du bore-out ?

Définition du bore-out

Selon Wikipédia, « le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui ou boreout, (parfois orthographié bore-out), est un trouble psychologique qui engendre des maladies physiques. Ce syndrome est déclenché par le manque de travail, l’ennui et, par conséquent, l’absence de satisfaction dans le cadre professionnel. Il affecterait couramment les individus travaillant en entreprise et notamment les travailleurs du secteur tertiaire ». 

Le bore-out n’est donc pas l’ennui fugace qu’on peut ressentir quand on est seul au bureau, ou celui éprouvé vis à vis d’une journée qui manque de rythme. C’est l’ennui profond au travail, celui qui démotive et épuise, celui qui oppresse et dont les conséquences peuvent être graves.

Causes du bore-out

Il n’existe à ce jour pas de test pour mesurer le boreout. Néanmoins, voici ci-dessous les principales causes qui peuvent conduire au boreout :

  • Manque de travail,
  • Manque de sens dans les missions confiées,
  • Monotonie et manque de diversité,
  • Absence de défis dans le poste,
  • Inadéquation entre les compétences et le travail demandé,
  • Absence d’évolution professionnelle,
  • Absence de formations,
  • Mise au placard,

Symptômes du bore-out

Être payé à ne rien faire est tout sauf un rêve ; c’est une profonde souffrance. Cet ennui profond se traduit par :

  • Une forte baisse de la motivation,
  • Du stress et de l’anxiété,
  • De l’isolement,
  • Une impression d’inutilité,
  • De la tristesse,
  • Un profond désengagement,
  • Des troubles du sommeil,
  • Des troubles alimentaires,
  • Des troubles de la mémoire, 
  • De l’angoisse,

Tous ces symptômes peuvent avoir des conséquences graves sur le comportement.

Comment prévenir le bore-out ?

L’entreprise a bien sûr une responsabilité à laquelle elle doit faire face : celle d’engager ses salariés. Pour s’adapter, elle doit se réorganiser en permanence. Ses politiques de transformation peuvent malheureusement conduire à confier à des collaborateurs compétents des missions sous-qualifiées et sans intérêt. Avant de vous lancer dans tout projet de conduite de changement :

  • Misez plutôt sur la prévention et contactez un coach professionnel qui saura vous accompagner dans le respect de vos valeurs et de celles de votre entreprise,
  • Appuyez-vous sur vos managers de proximité, ils sont vos relais avec le terrain,

Il est bien sûr inutile de faire appel à un Chief Happiness Officer (CHO) !

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Comment sortir du bore-out ?

Il est légitime d’avoir un creux, un « coup de moins bien » dans son travail. Par contre, s’il s’agit d’un ennui profond et qu’il s’étend de façon durable, il faut agir vite :

  • Prendre conscience de votre situation :

Votre job n’est peut-être plus fait pour vous ; vous n’êtes peut-être plus en adéquation avec la politique de l’entreprise, et vous avez besoin ou envie d’autre chose. Il n’y aucune honte, aucune culpabilité à ressentir cela. Ce qui vous convenait à un moment de votre vie ne vous convient tout simplement plus maintenant.

  • En parler à votre manager pour trouver des solutions ensemble :

L’entretien d’évaluation (ou l’entretien professionnel si vous êtes concerné), est un moment clé pour vous exprimer.

Mon conseil : n’attendez pas votre entretien d’évaluation pour parler à votre supérieur.

Agnes Menso, coach professionnelle

Vous pouvez consulter mon article sur les différences entre l’entretien professionnel et l’entretien d’évaluation.

  • Contacter un professionnel de santé (médecin du travail, médecin traitant, psychiatre, …) qui pourront éventuellement délivrer un arrêt de travail,
  • Evoluer dans votre entreprise,
  • Accepter un poste moins bien payé mais plus intéressant,
  • Négocier votre départ : C’est peut-être la dernière option

Les chiffres du bore-out

Une enquête menée par le site Qapa auprès de 4,5 millions de candidats (52% de non-cadres et 48% de cadres), du 13 au 20 février 2019, nous montre que :

  • 63% des Français sont victimes de bore-out,
  • Ce phénomène touche principalement les femmes (65% ; et 29% d’entre-elles trouveraient leur travail très ennuyeux),
  • 51% de femmes déclarent « ne pas bien vivre du tout cette situation » et 65% font semblant d’être passionnées,
  • 59% des hommes font semblant d’avoir un travail passionnant,
  • 91% des hommes cachent leur ressenti.

Mais attention ! Cet ennui ressenti n’est pas synonyme d’un emploi vide de sens. Près de la moitié des sondés pensent que leur travail a une utilité et 31% des femmes (28% des hommes) jugent que leur travail n’a aucun intérêt.

Témoignage de bore-out

Cette histoire remonte à plus de 10 ans et c’est la mienne.

J’ai été amenée à travailler avec un manager qui ne m’avait pas recrutée, et qui petit à petit, a supprimé tous les dossiers dont j’avais la responsabilité. Le peu qu’il me restait était répétitif et sans intérêt : je passais mes journée à faire des tableaux sur Excel et compiler des données.

Heureusement il y avait les réunions auxquelles je continuais d’assister. Le bonheur ! Même si je « faisais tapisserie », n’ayant rien à dire et à partager, elles rythmaient mes journées et je les attendais avec impatience. Les projets se mettaient en place sans que je sois sollicitée et mes collègues étaient débordés, malgré l’aide que je leur proposais et qu’ils refusaient. Moi, je croulais sous l’ennui. C’est à cet instant que mon manager a eu la riche et brillante idée de me confier la rédaction des comptes-rendus de ces réunions…

J’ai commencé à aller travailler « à reculons ». Peu à peu, mes collègues se sont détournés de moi et sont partis déjeuner entre eux. Je guettais le moment où ils se retrouvaient à la machine à café pour les rejoindre et combler le vide de ces journées qui n’en finissaient pas. Mais je les sentais mal à l’aise, un peu comme si j’étais une pestiférée. Je restais des heures assise à mon bureau, sans rien faire. Je me rappelle une fois m’être endormie d’ennui sur ma chaise…

Je comptais les heures et je rentrais le soir, déprimée et frustrée. Je provoquais des disputes avec mon entourage, car elles étaient pour moi le seul moyen de m’exprimer et de faire sortir ma rage et ma colère. Je n’arrivais pas à trouver les mots pour parler à mon manager. Et puis un jour, un événement (un de plus), a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Je suis allée le voir, et sous le coup de l’humiliation, j’ai explosé, incapable de contenir ma colère, ma frustration, l’injustice et l’incompréhension que je ressentais depuis des mois. Mon manager a refusé de négocier mon départ. J’ai donc démissionné et suis partie sans rien. Nous étions en octobre. En février je commençais un bilan de compétences et en juin de la même année, je créais mon entreprise.

Agnes Menso, coach professionnelle

Alors que le burn-out fait aujourd’hui l’objet de nombreuses études et recherches, parler du bore-out ne se fait pas. Pourtant, l’ennui profond détruit autant que le trop plein d’activité. Le burnout est dangereux, le boreout l’est tout autant. Il est d’une grande violence et c’est un vrai problème de santé publique.

A noter, et c’est loin d’être anodin, qu’un jugement rendu par la Cour d’appel de Paris le 2 juin 2020 a établi que le bore-out (mise au placard dans ce cas), constitue un harcèlement moral qui peut donner lieu à une condamnation de l’employeur. L’affaire remontait à 6 ans ; les juges ont reconnu le manque d’activité et l’ennui.

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