Droit à la déconnexion et management

Le droit à la déconnexion et le management

Appelée également « loi El Khomri », la « loi Travail » a été adoptée le 8 août 2016 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2017. Son objectif est d’adapter le droit du travail aux nouvelles façons de travailler, et par conséquent à l’ère du digital. Spécificité française, le droit à la déconnexion garantit au salarié «les modalités du plein exercice de son droit à la déconnexion et la mise en place par l’entreprise de dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques, en vue d’assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale».

C’est ainsi que se précise et se formalise, dans la continuité du rapport Mettling de 2015, le « droit à la déconnexion« , qui permet à tous les collaborateurs de ne pas être joignables en dehors de leurs horaires de travail et pendant leur temps de repos et de congés.

La déconnexion est donc un droit et aucune entreprise ne peut s’y soustraire, même si le code du travail ne définit aucune sanction en cas d’absence de signature d’accord ou de charte.

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Quelles difficultés rencontrent les entreprise dans la mise en place du droit à la déconnexion ? Comment, en tant que manager, gérer le droit à la déconnexion ? Comment se déconnecter pendant ses congés ?

A la fin de cet article, je répondrai à trois questions que me posent mes clients dans le cadre de leurs séances de coaching individuel sur le droit à la déconnexion.

Les objectifs du droit à la déconnexion

Avec l’évolution du numérique et des salariés de plus en plus connectés, il devient de plus en plus difficile de concilier vie privée et vie professionnelle.
Le principal objectif du droit à la déconnexion est donc de limiter le « blurring », qui n’est autre que la disparition de la frontière entre la vie personnelle et la vie professionnelle.

Entre burn-out, dépression et licenciement, les conséquences du « blurring » peuvent être dévastatrices. Les salariés sont-ils conscients que cette « infobésité » ou « trop plein d’information » est dangereuse pour leur équilibre et leur santé ?

Certains chercheurs vont jusqu’à parler de « technostress » et de « télépression », qui évoquent une « forte préoccupation par rapport aux messages reçus et une forte envie d’y répondre immédiatement ». 

Cette frontière est aujourd’hui de plus en plus ténue. La vie professionnelle rythme, empiète et conditionne la vie personnelle. Le développement du télétravail amplifie d’ailleurs cette tendance. Nos portables, téléphones et autres tablettes ne nous quittent plus et passent sans distinction de notre environnement de travail à notre sphère privée et vice-versa.
C’est comme si tous ces instruments nous avaient été greffés, un peu comme une extension, un prolongement de nous-mêmes.

Qui aurait pu prévoir un phénomène d’une telle ampleur ? Bon gré mal gré, nous avons appris à gérer la sur-connexion comme on a pu, souvent au détriment de notre propre rythme et de notre vie personnelle. Qui n’a jamais sacrifié ses soirées, ses weekends ou ses congés pour répondre à des mails ? Personne…

Les difficultés dans la mise en place du droit à la déconnexion en entreprise

Une présence permanente

Alors que les entreprises demandent à leurs salariés d’être ultra présents, ultra joignables et ultra réactifs, qu’elles leur fournissent des outils de plus en puissants, performants et faciles d’utilisation, et qu’elles développent leurs propres applications, leurs systèmes de messagerie, créent leurs groupes Facebook, LinkedIn et WhatsApp, la loi exige que ces mêmes salariés se déconnectent en dehors de leurs horaires de travail.

Il n’a jamais été aussi simple de recevoir ses messages et ses résultats commerciaux pendant ses congés et ses week-ends.

Admettons-le, c’est facile de se laisser embarquer par un mail, un SMS ou un message dans un groupe de travail. C’est d’autant plus difficile de résister quand les autres destinataires répondent…

Ce culte du présentéisme, où on occupe le terrain en permanence en pensant que c’est ainsi qu’on va garder son job ou être promu, est bien ancré dans notre culture managériale et coûte une fortune aux entreprises.

Sans compter que l’immédiateté peut provoquer des erreurs et des approximations A vouloir « faire trop, trop vite » on prend peu le temps de la vérification et de la réflexion.

Déconnexion d’un côté, ultra-présence et immédiateté de l’autre… Comment concilier cette contradiction ? La cohabitation est-elle possible ? Et d’ailleurs est-elle souhaitable ?

On sait que pour certaines fonctions, ce principe est peu applicable. C’est le cas par exemple pour les postes à l’international avec le décalage horaire, ou pour les postes de cadres, particulièrement concernés de part leur haut niveau de responsabilités.

Sans travailler à l’international ou avoir une fonction qui exige une présence permanente, de plus en plus de Français répondent à des sollicitations professionnelles sur leur temps de repos. Être joignable quasiment H24 leur donnerait-il l’impression d’exister ?

Des sollicitations nombreuses

Recevoir des notifications qui émettent toutes un bruit différent selon l’émetteur du message et le réseau utilisé renverrait-il à l’entourage (et surtout à soi-même) à quel point on est important ?
Cette valorisation puissante et narcissique booste notre égo et nous rassure. « On m’écrit« … « On pense à moi« … « Je suis quelqu’un » !

Ne pas recevoir de mails ou de messages nous ferait-il craindre qu’on nous a oubliés ou qu’on n’est pas indispensable ? Redouterait-on à ce point d’être marginalisé ? D’ailleurs, qui n’a jamais vérifié que son téléphone fonctionne alors qu’il n’a pas bipé pendant 10 minutes ? Ignorer ces sollicitations pourrait même être assimilé à un manque de motivation et de professionnalisme. Peu importe qu’on ait terminé sa journée ou qu’on soit en congés.

Demande d'entretien

Le lâcher-prise

Alors que faire ? Laisser la partition s’écrire sans nous ou rentrer dans la danse ?
Passer à côté de moments uniques en famille, entre amis, avec soi, ou montrer, que même si on n’est pas là, on est un peu là quand même ?

  • Redoute-t-on à ce point le FoMO (Fear of Missing Out), autrement dit la peur de manquer un événement ?
  • Et si au contraire on essayait le JoMO (Joy of Missing Out), en d’autres termes, la joie de manquer quelque chose ? Manquer quelque chose, pour laisser la place à autre chose, de plus fabuleux, qui nous correspond mieux…

Je crois tout simplement qu’on est accro à nos messages et qu’on a du mal à vivre sans eux. Répondre à des sollicitations permanentes en dehors de notre temps de travail, non seulement nous occupe, nous donne une contenance ou un statut, mais sert également à entretenir les dysfonctionnements d’un système et nourrit les dérives managériales.

Droit à la déconnexion et management

Selon une enquête Opinion Way réalisée en 2008 sur « L’impact des outils numériques professionnels sur les salariés », elles ne sont que 16% des grandes entreprises à avoir instauré des règles de déconnexion et seulement 23% à avoir rédigé des chartes de bonnes pratiques. C’est pour l’instant trop peu !

Un changement des mentalités

En tant que Coach professionnelle, je suis convaincue que le droit à la déconnexion va de pair avec un management qui évolue, qui définit de nouvelles règles et de nouveaux comportements et surtout une direction qui montre l’exemple.

Il va aussi de pair avec un changement des mentalités.

Sans changement de pratiques, le droit à la déconnexion risque de provoquer plus de stress que de bien-être.

De la journée sans mail, à la mise en place de systèmes empêchant l’envoi de mails au delà d’une certaine heure et pendant les week-ends, l’utilisation des « trackers » pour connaître les heures de connexion de leurs salariés ou encore l’envoi de messages de sensibilisation, les entreprises ont recours à de nombreux moyens pour limiter les connexions.

  • Combien de collaborateurs vont-ils passer leur pause déjeuner sur leur ordinateur à répondre aux sollicitations ?
  • Va-t-on punir les salariés qui se sont connectés et qui ont envoyé un mail en dehors de leurs horaires de travail ?

Dans certaines entreprises, des cadres sont reçus par leur supérieur car le système a détecté de trop nombreuses connexions en dehors de leurs horaires professionnels.
Ces alertes permettent de formaliser des besoins en termes de recrutements, de formation, d’organisation, de tirer la sonnette d’alarme en cas de surcharge de travail et de mettre en place des mesures correctrices.

Un principe défensif

Le principe de droit à la déconnexion est défensif. Plutôt que contraindre, ne vaudrait-il pas mieux revoir le système managérial dans son ensemble et réfléchir aux pratiques et à la structure organisationnelle de l’entreprise ? Ne serait-il pas plus judicieux d’organiser plus de séances de sensibilisation et de prévention sur les conséquences de la sur-connexion en termes de stress, de burn-out et donc perte d’efficacité pour l’entreprise ?

Droit à la déconnexion et congés

Vous êtes en congés ; et moins de 15 minutes, vous avez 5 appels manqués, 8 mails en attente et 12 notifications WhatsApp… Que faire ? En dehors de votre temps de travail, vous êtes en droit de ne pas répondre à ces sollicitations professionnelles.

Alors, comment profiter pleinement de ses vacances ? Retrouvez ci-dessous quelques conseils pour déconnecter pendant ses congés, vous retrouver et profiter de ce temps précieux avec celles et ceux que vous aimez.

Comment gérer ses mails pendant ses congés ?

En tant que Coach professionnelle, j’accompagne régulièrement mes clients sur cet aspect et j’ai remarqué que beaucoup d’entre eux hésitent à se déconnecter pendant leurs congés. Pour certains, la déconnexion imposée est une souffrance réelle, génératrice de stress… Qui dit « Congés » dit normalement « Droit à la déconnexion ». Je dis bien « normalement »… Car combien sommes-nous à partir bille en tête en disant « allez, cette fois-ci, c’est la bonne, je coupe tout ! » ?

Anticiper !

Vous l’avez certainement remarqué, en période de congés, on est souvent plein de bonnes intentions : prendre du temps pour soi, profiter de ses journées pour faire ce qu’on aime et surtout se déconnecter de ses applications et de ses mails professionnels.

Penser à laisser une feuille de route à vos équipes, avec :

  • La liste des dossiers en cours et les actions à mener (avec les dates pour chacune) pendant votre absence,
  • La liste des partenaires disponibles à contacter en cas d’urgence,
  • Les actions à mette en place dès votre retour

Vous serez peut-être moins tenté de consulter vos mails pour savoir ce qui se passe en votre absence. Rien qu’une fois, une seule petite fois…

Conseil de Coach : prévoyez une journée sans rendez-vous la veille de votre départ et le lendemain de votre retour pour gérer vos mails et les urgences éventuelles

Agnès Menso, Coach professionnelle et Coach personnelle

Rédiger un message d’absence

La gestion des mails, SMS et autres notifications est un sujet sensible pendant les congés, qui peut vite déraper et gâcher vos vacances ainsi que celles des autres.
Combien d’entre-nous se sont-ils cachés au fond du jardin ou dans les toilettes pour consulter et répondre à des messages professionnels, alors qu’il s’étaient engagés à « lâcher »  leur téléphone ?

Mettez en place un message d’absence, qui précise votre date de retour et la personne à contacter. C’est un individu de confiance qui assurera votre back-up.

Identifier un interlocuteur de confiance

C’est un collaborateur, un collègue, votre hiérarchique, qui sera l’interlocuteur dédié pendant vos congés. Il prendra le relai sur vos dossiers en cours et vous permettra ainsi de profiter de vos congés en toute sérénité. Il pourra, si vous lui en laisser la consigne vous contacter uniquement en cas de grosse urgence. A vous d’en définir les contours ! Ne soyez pas surpris s’il ne vous appelle pas ; il aura préféré gérer seul (et bien, même si ce n’est pas comme cela que vous auriez fait !) les dossiers plutôt que vous déranger. Un excellent exercice pour le control-freak 😉

Désactiver les notifications de son téléphone portable

L’idéal serait de ne pas prendre son téléphone et son ordinateur, ou de le mettre en mode avion… Ça c’est la théorie, car dans la pratique, la situation varie d’un individu à l’autre. A vous de trouver l’équilibre pour être bien dans vos baskets sans imposer votre rythme de connexion à vos proches et vos équipes.

Définir ses moments de connexion

Selon le poste et les responsabilités que vous occupez, il faut en moyenne entre 3 et 5 jours pour déconnecter. Grande est la tentation à ce moment-là de lire et répondre à vos messages. Tenez bon ! Vous n’êtes pas l’esclave de la technologie. Mais si vous sentez que c’est compliqué, définissez un créneau au cours duquel vous vous connectez. L’essentiel est de reprendre la main, pas de s’infliger du stress et de la souffrance ! Vos applications vous offrent la possibilité de désactiver vos notifications. A vous la liberté et la responsabilité de choisir consciemment votre mode « on / off ».

Montrer l’exemple

En tant que manager, vous vous devez de montrer l’exemple… Si vous répondez à toutes les sollicitations, vous incitez vos équipes à faire de même et entrez ainsi dans une spirale de sur-connexion sans fin. Elles aussi ont besoin de repos pour être en forme au retour (et n’ont pas forcément envie de passer leurs congés avec vous !). Cela implique que l’entreprise envisage de nouvelles formes de collaboration et de délégation, avec une meilleure organisation, plus de relais, de communication et d’anticipation.

Une idée de génie pendant vos congés ? Notez la sur un carnet ! Pas sur votre téléphone…

Agnès Menso, Coach professionnelle et Coach personnelle

Se faire plaisir

Vous n’êtes pas indispensable, sauf pour celles et ceux qui vous aiment. Faîtes-vous plaisir, pratiquez des activités auxquelles vous n’avez pas l’habitude de vous adonner, faîtes la sieste… C’est une excellente façon de lâcher prise !

Comment se déconnecter des réseaux sociaux pendant ses congés ?

Les réseaux sociaux ne sont pas là que pour nous informer. Par la publication, ils nous incitent à une forme d’immédiateté. Et nous voilà en train de partager nos repas, notre apéritif, nos éventuelles insomnies ou le dernier spectacle auquel nous assistons… En attendant bien sûr les commentaires, les partages, les « likes » et les « retweets »…

Mais au fond, qui cela intéresse-t-il, à part nous-mêmes ? En nous affichant de la sorte, que cherchons-nous à montrer ? Que voulons-nous prouver ?
Qu’est ce qui nous pousse à vérifier nos messages en pleine nuit, alors que nous voulons tout simplement avoir l’heure ? S’ennuie-t-on à ce point d’avoir besoin d’un outil numérique pour s’occuper ? N’avons-nous donc aucune envie de nous perdre dans nos pensées, nos rêveries ?

Je le dis haut et fort : qu’il est doux de s’ennuyer, qu’il est doux de laisser son esprit vagabonder, qu’il est doux de croiser des regards.
Un sourire, un mot, une émotion

En plus de nous couper du monde, la connexion nous coupe de nous. Elle nous coupe de notre créativité et de notre capacité à méditer.

Nos outils numériques nous entraînent de plus en loin. Il existe aujourd’hui à travers le monde des formules « digital detox » qui coûtent une petite fortune. Car oui, il semblerait bien que la déconnexion soit un luxe, réservé aux plus fortunés.

Mais avant de telles options, acheter un réveil qui ne fait que donner l’heure et qui ne nous tente pas pourrait être la solution ! Tout comme décider de laisser son téléphone chez soi…

Les moments hors connexion sont des moments suspendus, des moments hors du temps. Pour ma part, j’ai l’occasion, dans certaines de mes activités associatives de me déconnecter. C’est un moment de grâce et une parenthèse bénie. Et pendant mes congés, même avec un message d’absence, je m’autorise à consulter mes mails une fois par jour, en fin de journée. Mais bien souvent, entre nous, je m’en mords les doigts…

Les NTIC sont là, bien présentes, et il n’y a aucun retour en arrière possible. Bien au contraire, donc autant les utiliser au mieux.
J’ai envie de croire en une connexion raisonnée, maitrisée et respectueuse. Autrement dit, une une déconnexion et une re-connexion libres et responsables.

La technologie doit être au service de l’Homme. Agissons, chacun a notre niveau pour qu’il en soit ainsi.
Elle a pour ambition de le rendre plus épanoui, plus autonome et plus performant. Et non l’asservir et l’emprisonner.

Vos questions – nos réponses sur le droit à la déconnexion et le management

Quelle loi parle du droit à la déconnexion ?

Il s’agit de la Loi El Khomri, appelée également la « loi Travail », adoptée le 8 août 2016 et entrée en vigueur le 1er janvier 2017. Le droit à la déconnexion concerne les entreprises de plus de cinquante salariés et son objectif est d’inciter les entreprise à prendre des mesures pour que ce soient respectés les temps de congés et de repos, ainsi que l’équilibre vie personnelle – vie professionnelle.

Pourquoi les entreprises souhaitent déconnecter leurs salariés ?

Elles ne le souhaitent pas toujours, mais il est prouvé qu’un salarié reposé et détendu est plus performant, plus créatif et plus productif. Les entreprises ont donc tout intérêt à ce que leurs employés se reposent pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Comment concilier télétravail et droit à la déconnexion

Le plus efficace est de définir des horaires de travail, au cours desquels vous êtes joignable. Il est facile de chez soi, lorsque le portable trône sur la table du salon de se connecter de nouveau, pour travailler et envoyer des messages (et donc inciter les autres à faire de même).

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