Les biais de jugement

Les biais de jugement

Les biais de jugement, que nous formulons sans nécessairement en avoir conscience, font partie intégrante de notre quotidien. Ces raisonnements incorrects et fallacieux nous amènent à juger des personnes ou des événements sans faire preuve d’esprit critique et de rationalité. Raccourcis de la pensée, ces biais de perception se jouent de nous et sont associés bien souvent à des préjugés, des croyances et des stéréotypes. 

Alors que le jugement de fait implique une observation neutre et objective, le jugement de valeur repose sur une évaluation et une appréciation subjectives. En philosophie, le jugement désigne une opération de connaissance, et non l’acte judiciaire de juger. Et c’est ici que cette opération de connaissance revêt toute son importance : avons-nous suffisamment de connaissance et de recul pour porter un jugement neutre sur ce qui nous entoure ?

Cet article est dédié aux biais de jugement dont je vais vous proposer une définition, plusieurs exemples, et quelques astuces pour vous permettre d’en sortir. Je répondrai également à trois questions que me posent mes clients sur les biais de jugement dans le cadre de leur coaching individuel.

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Définition des biais de jugement

Le biais de jugement est un biais cognitif qui réside dans notre capacité à évaluer, estimer, juger la valeur d’un individu ou d’une situation. Cette interprétation, bien souvent biaisée, repose sur une petite partie de ce nous voyons et de ce que nous entendons. Notre avis se fonde alors sur une pure supposition, une perception sélective, une illusion, qui nous conduit à interpréter des événements en fonction de nos centres d’intérêt, de notre expérience ou encore de de nos valeurs. 

Ce biais de raisonnement nous amène ainsi facilement à nous méprendre sur un individu dont les goûts ressemblent aux nôtres et accorder moins de crédit à celui avec qui nous avons peu de points en commun. 

Liste des biais cognitifs

Les biais cognitifs ont été introduits au début des années 1970 par les psychologues Daniel Kahneman (Prix Nobel d’Economie en 2002) et Amos Tversky pour expliquer certaines décisions irrationnelles dans le domaine économique. Il en existe plus de 250 que l’on peut regrouper, selon le Codex des biais cognitifs, en quatre catégories : 

  • Les biais cognitifs liés à trop d’informations,
  • Les biais cognitifs liés à un manque de sens,
  • Les biais cognitifs qui découlent de la nécessité d’agir rapidement, 
  • Les biais cognitifs qui découlent des limites de la mémoire.

Exemples de biais de jugement

Ils sont bien souvent corrélés aux biais de raisonnement et aux biais de mémoire (le biais mnésique est la capacité d’un individu à se construire un souvenir). Voici ci-dessous une (petite) sélection de biais de jugement que nous rencontrons en entreprise et dans notre vie personnelle :

Le biais de représentativité

Il apparaît quand un individu prend une décision ou formule un jugement à partir de cas particuliers ou d’exemples précis, et qu’il a érigés en généralité. 

Le biais de représentativité
Exemple de biais de représentativitéVous devez faire une présentation client en visioconférence et l’outil qu’il utilise, vous rappelle une situation désagréable rencontrée au cours d’une réunion : bugs techniques, maniement difficile…
La réunion en visioconférence a été un échec total et vous êtes convaincu que l’issue de celle-ci sera identique à la précédente. Les enjeux sont importants et votre niveau de stress à son maximum.
Sortir du biais de représentativité📌 C’est important de rationaliser cet événement car il est isolé, 📌 Pour vous apaiser, vous pouvez par exemple lui envoyer la présentation. Vous serez ainsi certain qu’il aura le document sous les yeux si vous ne parvenez pas à partager votre écran,
📌 Vous pouvez lui suggérer d’utiliser un autre outil,
📌 Vous pouvez également lui proposer de mener cette réunion en présentiel.
© Agnès Menso – Le biais de représentativité
Demande d'entretien

Le biais de confirmation

Il consiste à privilégier les informations confirmant des idées préconçues ou des hypothèses, et à accorder moins de poids aux informations jouant en défaveur des conceptions d’un individu. Cela se traduit par une réticence à changer d’avis, et à ne pas remettre en cause ses convictions et ses préjugés. Le biais de confirmation est proche du réflexe de Semmelweis (tendance à rejeter de nouvelles preuves ou de nouvelles connaissances parce qu’elles vont à l’encontre des normes, des croyances ou des paradigmes précédemment établis).

Le biais de confirmation
Exemple de biais de confirmationLe CODIR s’annonce mal : votre patron doit présenter les résultats de l’enquête de satisfaction clients, en chute libre depuis le semestre précédent. Aux erreurs de préparation, des retards de livraison, du conditionnement défaillant, s’est ajouté un bad buzz sur les conditions de travail des salariés…
Chacun en prend pour son grade, et le contrat avec le prestataire rompu sur le champ. 
Sortir du biais de confirmationMême si des mesures urgentes s’imposent, il est avant tout primordial de s’interroger sur l’organisation de l’entreprise. L’objectif n’est pas de trouver des réponses immédiates, mais d’identifier les dysfonctionnements. Prenez contact avec des professionnels pour :
📌 Réaliser des séances de brainstorming élargies (salariés, prestataires, fournisseurs, clients, …),
📌 Vous accompagner dans votre stratégie de communication et redorer votre e-réputation
📌 Réfléchir à votre style de leadership et votre management, 
📌 …
© Agnès Menso – Le biais de confirmation

Notre cerveau est une machine à sauter sur les conclusions.

Daniel Kahneman, Prix Nobel d’Économie

Le biais de croyance

En Anglais, le biais de croyance se dit « wishful thinking », qui signifie littéralement « prendre ses désirs pour des réalités ». Il repose sur la formulation d’hypothèses, et la décision est prise en fonction des attentes de l’individu, sans que soient prises en compte la réalité et l’évidence. 

Le biais de croyance
Exemple de biais de croyanceIl apparait dans la jalousie. Si l’un des deux partenaires offre à l’autre un cadeau, cela est perçu comme une marque du culpabilité. S’il n’offre rien, cela est perçu comme du désintérêt. 
Sortir du biais de croyanceCes situations provoquent des sentiments d’injustice, d’impuissance et de frustration, et viennent renforcer des croyances limitantes le plus souvent.
📌 Evitez le plus possible de convaincre votre interlocuteur et de remettre en cause ses croyances. Il ne vous écoutera pas et cela ne fera que renforcer son statut de victime.
© Agnès Menso – Le biais de croyance

La combinaison du biais de croyance au biais de confirmation est bien souvent à la base des relations psychologiques (triangle de Karpman) et des conflits, ou chacun campe sur ses positions et n’entend pas les propos de l’autre. 

Le biais d’ancrage

Il désigne la difficulté que l’individu rencontre à se départir de sa première impression. En se focalisant sur une première information, l’esprit n’arrive plus à apprécier et prendre en considération les nouvelles informations et envisager d’autres choix. C’est le cas par exemple dans les négociations commerciales.

Le biais d’ancrage
Exemple de biais d’ancrageVous êtes en retard à chaque réunion. Difficile de se défaire d’une telle étiquette… Et lorsqu’il vous arrive d’être à l’heure, c’est un miracle, et votre ponctualité suscite moqueries et railleries. 
Sortir du biais d’ancrage📌 Prenez les choses en main,
📌 Maîtrisez vos émotions,
📌 Dîtes calmement ce que vous pensez. 
© Agnès Menso – Le biais d’ancrage

L’effet de halo

C’est la tendance à forger son opinion sur sa première impression. Le jugement sur l’apparence en est la meilleure illustration. 

L’effet de halo
Exemple d’effet de haloElle porte un jean pour travailler, elle a l’air cool. Si ce n’est que le jean est le « dress code » de cette jeune femme qui vient de lever plusieurs centaines de milliers d’Euros pour sa start-up !
Sortir de l’effet de halo 📌 Evitez les raccourcis et les jugements !
Certes, elle est peut-être très cool, ou beaucoup moins que votre collègue en costume cravate…
© Agnès Menso – L’effet de halo

Le biais d’erreur fondamentale d’attribution

Appelé « biais d’internalité », c’est la tendance à surestimer des causes personnelles (traits de caractère, dispositions, …) au profit de causes externes (contexte, situation, …).

Le biais d’erreur fondamentale d’attribution
Exemple de biais d’erreur fondamentale d’attributionVous avez croisé votre patron ce matin et il ne vous a pas salué. Vous pensez qu’il est malpoli ou que vous n’êtes pas à la hauteur de la mission qu’il vous a confiée.
Vous apprendrez plus tard qu’il était préoccupé par des évènements qui n’avaient rien à voir avec vous. 
Sortir du biais d’erreur fondamentale d’attribution📌 Pensez aux Accords Toltèques et accordez de l’attention à l’Accord n°3 : « Ne faites pas de supposition »…
© Agnès Menso – Le biais d’erreur fondamentale d’attribution

Le biais d’illusion positive

Notre cerveau a tendance à surestimer ses capacités par rapport à celles des autres et nous amène à croire que nous sommes plus intelligents, plus compétents que la moyenne, et que nos enfants réussissent mieux que ceux des autres. Pêché d’orgueil n’est pas mortel, reconnaissons quand même que cette supériorité, même si elle est illusoire, est plutôt fort agréable pour l’ego…

Le biais d’illusion positive
Exemple de biais d’illusion positiveVous êtes convaincu d’être plus brillant que vos collègues et prenez la parole sans cesse en COMEX. Au bout d’un moment, vos effets de manche fatiguent tout le monde et plus personne ne vous écoute.
Sortir du biais d’illusion positive📌 Mettez-vous en retrait,
📌 Laissez le temps aux introvertis de s’exprimer. Votre parole deviendra plus rare et vous serez plus audible.
© Agnès Menso – Le biais d’illusion positive

Le biais d’excès de confiance

C’est la tendance à surestimer ses connaissances, ses capacités physiques et intellectuelles, et à avoir trop confiance en soi et dans son jugement. Cela peut conduire à surestimer ce qu’on pense connaître et passer à côté d’informations importantes.

Le biais d’excès de confiance
Exemple de biais d’excès de confiance Vous maîtrisez tellement bien ce dossier que vous allez en rendez-vous sans avoir relu vos notes ni pris connaissance des derniers éléments que votre collègue vous a transmis…
C’est fort dommage, vous êtes allé droit dans le mur. Il vous avait en effet communiqué des informations de la plus grande importance.
Sortir du biais d’excès de confiance📌 Remettez-vous en question en permanence,
📌 Ne prenez rien pour acquis. Même si vous êtes brillant, pensez à faire preuve d’humilité,
📌 Prenez vos responsabilités et inutile de rejeter la faute sur l’autre…
© Agnès Menso – Le biais d’excès de confiance

Le biais d’auto-complaisance

C’est la capacité à attribuer ses réussites à ses qualités personnelles et ses échecs à des facteurs externes.

Le biais d’auto-complaisance
Exemple de biais d’auto-complaisanceExemple de biais d’auto-complaisance n°1 : Heureusement que j’étais là, parce que si on a réussi, c’est quand même grâce à moi ! 
Exemple de biais d’auto-complaisance n°2 : De toute façon, si ça n’a pas fonctionné, ce n’est pas de ma faute, c’est celle du client, il n’a rien compris.
Sortir du biais d’auto-complaisance📌 Faîtes preuve d’humilité,
📌 Demandez-vous honnêtement quelle est votre part de responsabilité dans la situation.
© Agnès Menso – Le biais d’auto-complaisance

Le biais d’auto-complaisance, lorsqu’il est associé au biais d’excès de confiance, est dangereux, car il ne laisse pas la place à la critique ni à l’analyse. Il empêche une réflexion en profondeur, nécessaire à tout changement. 

L’œil ne voit que ce que l’esprit est prêt à comprendre.

Henri Bergson

L’effet Dunning-Kruger

Appelé également « effet de sur-confiance », il correspond à la tendance, que les individus les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence, et qu’inversement, ceux qui sont compétents, doutent de leurs capacités. 

L’effet Dunning-Kruger
Exemple d’effet Dunning-KrugerVotre expertise n’est plus à démontrer, et pourtant vous ne parvenez pas à la faire valoir ni à la mettre en avant.
Votre collègue, bien moins expérimentée que vous, mais qui a le sens de la formule (et aussi moins de scrupules) n’hésite pas à s’approprier votre travail.
La promotion que vous convoitiez en silence, vient d’ailleurs de lui être proposée.
Sortir de l’effet Dunning-Kruger 📌 L’effet d’imposture amène un individu compétent à se cacher pour ne pas s’exposer et l’empêche ainsi d’accéder à des postes à plus fortes responsabilités.
📌 Travailler ce sentiment d’imposture permet de reprendre confiance en soi, et d’oser s’affirmer avec assertivité. Dans ce cadre là, l’effet Dunning-Kruger peut être associé au biais mnésique rétrospectif « je le savais », « j’aurais dû m’en douter ».
© Agnès Menso – L’effet Dunning-Kruger

L’effet Barnum

Appelé « effet Forer », « effet de validation subjective », « effet de validation personnelle », ou encore « effet puits », il désigne un individu qui considère une vague description de personnalité comme pouvant s’appliquer à lui-même. Le cerveau comble alors le flou de la description et le manque de précisions par ses propres informations, amenant ainsi l’individu à penser qu’il s’agit de lui.

L’effet Barnum est très utilisé dans les tests de personnalité, en politique, en séduction, en marketing, en astrologie… De là à dire que la manipulation est toute proche, il n’y a qu’un pas !

L’effet pom pom girl

On l’appelle également « Cheerleader effect ». Lorsque notre cerveau est confronté à un groupe de personnes, il va avoir tendance à traiter et évaluer les caractéristiques  globales plutôt qu’individuelles. L’individu peut en effet apprécier l’apparence d’une personne au sein d’un groupe, et reviendra sur son avis s’il la croise quand elle est seule. Notre cerveau perçoit les traits et les physiques comme complémentaires et réalise une moyenne de ce qui lui est présenté.

Le biais d’aversion de la dépossession

L’aversion à la dépossession ou « l’effet de dotation » est une hypothèse selon laquelle les gens donnent plus de valeur à un bien ou un service lorsque celui-ci leur appartient, et moins lorsque ce bien ne leur appartient pas. 

Focus sur la dissonance cognitive

La dissonance cognitive se manifeste lorsque ces biais (qui forcément se mélangent les uns avec les autres) provoquent chez un individu, une tension interne désagréable suite à un conflit de sens, de valeurs, ou de loyauté.

Les biais de jugement nous enferment. Ils renforcent nos certitudes et certaines caractéristiques que nous considérons comme immuables. Ils nous amènent à commettre des erreurs, émettre des commentaires erronés ou avoir des comportements irraisonnés.

L’erreur de jugement est le lot de tout être humain, en revanche, je pense qu’il est de la responsabilité de chacun de la reconnaître et de faire de son mieux pour être vigilant sur son mode de pensée.

Vos questions – nos réponses sur les biais de jugement 

Quels sont les différents biais cognitifs ?

En plus des biais de jugement, il existe des biais de raisonnement, des biais de comportements et des biais de mémoire. On peut également rajouter les biais de personnalité, propres à la nature d’un individu.

C’est quoi un biais psychologique ?

Un biais psychologique pourrait ressembler à une forme de voile, façonné par notre éducation, notre mode de pensée, ou encore nos expériences. Emotionnels ou cognitifs, ils influencent notre perception. 

Qu’est ce que le bais de perception ?

On parle de « perception sélective », qui est la tendance d’un individu à interpréter de manière sélective ce qu’il entend, voit ou observe, en fonction de ses intérêts, de ses croyances, de ses attentes, de sa position sociale, de ses valeurs.

Les biais de jugement

Comment se sortir de ses biais de jugement ?

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