Comment orchestrer le travail à distance sans perdre le lien humain ?

23min de lecture

Le travail à distance, désormais ancré comme une mutation irréversible des organisations et un critère d’attractivité non négociable pour plus de 75 % des cadres, exige de dépasser les réflexes de contrôle au profit d’un management durable dont l’objectif est de préserver la performance globale et la sécurité psychologique des équipes. Si ce modèle présente des avantages indiscutables en matière de flexibilité, de créativité individuelle et de rendement (validés par 85 % des salariés et 89 % des employeurs qui s’accordent sur la maturité des collectifs), il comporte un revers comportemental et social majeur. L’absence de cadre formel favorise l’isolement, le stress chronique et le blurring out (l’intrusion du travail dans la sphère privée), fragilisent quant à eux directement la santé psychologique de 30 % des professionnels à distance.

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Coaching de dirigeants de PME et ETI, certifiée HEC.

Travail à distance
Comment orchestrer le travail à distance sans perdre le lien humain ?

Pour mener à bien cette transition systémique profonde (qualifiée de changement de Type II), les directions et le middle management doivent co-construire de nouvelles règles du jeu en s’appuyant sur l’intelligence émotionnelle, l’ingénierie de rituels collectifs courts et un leadership authentique. Cette régulation passe par le déploiement d’outils collaboratifs partagés qui permettent une planification rigoureuse, par la limitation stricte de la durée des visioconférences pour contrer l’épuisement virtuel de l’attention (Zoom Fatigue), et par un soutien renforcé aux managers de proximité qui se trouvent en première ligne face aux défis de l’alternance présence-distance.

Table des matières

En bref

  • Le double tranchant de la distance : le télétravail dope la créativité et l’autonomie individuelle, mais sans cadre, il génère de l’isolement, de la surconnexion (blurring out) et des risques psychosociaux,
  • La visioconférence permanente sature le cerveau en raison de l’absence de signaux non verbaux et du dysfonctionnement des neurones miroirs. La règle d’or : des sessions interactives de 45 minutes maximum,
  • L’effacement des frontières pro / perso (blurring out) fragilise 30 % des salariés. La régulation de la charge mentale reste la priorité absolue des RH.
  • En 2025, certaines entreprises tentent d’imposer un retour sur site plus fréquent : vrai. Ces décisions rencontrent souvent des résistances de la part des salariés, pour qui la flexibilité est devenue un critère essentiel de qualité de vie et d’attractivité. Les tensions qui en découlent (grèves, turnover) poussent les organisations à trouver un équilibre, en privilégiant généralement des modèles négociés,
  • Les managers français ont massivement adopté des formations spécifiques pour encadrer les équipes en télétravail : vrai. Les entreprises ont largement investi dans la formation des managers pour encadrer efficacement les équipes hybrides et préserver la cohésion,
  • En 2025, le gouvernement français a imposé un quota maximal de deux jours de télétravail par semaine pour toutes les entreprises, sans exception sectorielles : faux. Aucune loi n’impose de quota universel ; les politiques de télétravail restent définies par les accords d’entreprise ou les chartes internes, adaptées à chaque secteur. Le rythme s’est stabilisé autour d’un équilibre négocié de 2 jours de télétravail par semaine (norme pour préserver à la fois la flexibilité et la cohésion),

Le point de vue de l’auteur : Agnes Menso

Le distanciel a modifié le rapport au temps, la concentration et la charge cognitive. Il est donc illusoire d’appliquer à distance les mêmes méthodes managériales que sur site, sachant que nul besoin d’être sur site pour travailler. Celui qui esquivait ses responsabilités en présentiel continuera à distance. En revanche, le collaborateur consciencieux le reste partout, et a même tendance à se surcharger hors site. Le rôle du dirigeant s’est déplacé vers une fonction de garant de la sécurité psychologique et de l’écologie de ses équipes. La performance durable d’une entreprise est la conséquence directe de la qualité de sa relation humaine, et face à tous ces paradoxes d’organisation agile, je préconise un modèle de leadership authentique, capable de trouver un équilibre entre la clarté d’une vision porteuse de sens et l’acceptation de sa propre vulnérabilité, indispensable pour instaurer une confiance mutuelle durable.

Cadre juridique et autonomie : comment le travail à distance transforme-t-il la performance ?

Sur le plan juridique, le travail à distance est strictement défini par l’article L1222-9 du Code du travail comme une forme d’organisation volontaire utilisant les technologies de l’information pour exécuter des tâches qui auraient pu l’être dans les locaux de l’employeur. Sa mise en place nécessite un accord collectif ou, à défaut, une charte élaborée après avis du Comité Social et Économique (CSE).

Au-delà du droit, ce mode de travail transforme la performance individuelle. Les données indiquent un plébiscite clair : la productivité ne baisse pas à distance, bien au contraire, et la grande majorité des employeurs estiment leurs collaborateurs suffisamment autonomes. Moins exposé au bruit des open spaces, le salarié bénéficie d’une plus grande liberté pour organiser ses journées, ce qui stimule sa créativité individuelle et sa capacité à acquérir de nouvelles compétences. Le gain de temps lié à la réduction des transports permet également un meilleur équilibre personnel (sommeil, moments de vie), à condition de savoir poser des limites.

Productivité vs blurring out : quels sont les baromètres réels du télétravail ?

Les différentes vagues d’enquêtes auprès des directions RH et des salariés confirment une tendance lourde : le travail à distance a tenu ses promesses de rendement. 85 % des salariés déclarent que la distance n’a aucun impact négatif sur leur productivité, et près de la moitié d’entre eux se considèrent même plus efficaces hors de l’open space, profitant d’un environnement plus calme et de plages de concentration profondes. Côté gouvernance, le constat est partagé par 89 % des employeurs, qui reconnaissent que leurs équipes ont acquis la maturité et l’autonomie nécessaires pour s’auto-gérer.

Chaque médaille a néanmoins son revers, et l’éloignement physique comporte des pièges comportementaux majeurs. Le premier est le phénomène de blurring out (intrusion permanente du travail dans la sphère privée et l’effacement progressif de la frontière entre vie professionnelle et vie privée). Seul face à son écran, souvent installé au milieu du salon, le collaborateur peine à déconnecter, s’imposant des amplitudes horaires excessives pour prouver son engagement par rapport à ses collègues sur site.

Le blurring out reste un facteur de risques psychosociaux (RPS) majeur. Par crainte d’un déficit d’image ou pour compenser l’éloignement, 30 % des professionnels à distance admettent une dégradation de leur santé psychologique, marquée par une anxiété de performance et une incapacité à couper les écrans. Face à ce constat, 53 % des équipes réclament des chartes de fonctionnement plus strictes pour protéger le droit à la déconnexion.

Cet hyper-investissement, combiné à la multiplication de « e-réunions » mal calibrées et à une surcharge d’informations, engendre un stress chronique. L’isolement et la solitude, parfois profondément mal vécus, coupent le salarié de l’émulation saine du collectif. Les statistiques sont alarmantes : près de 3 salariés sur 10 rapportent une dégradation de leur santé psychologique, et plus de la moitié estiment ne pas avoir été suffisamment accompagnés. Sans un cadre managérial protecteur, le risque de basculer dans le burnout est réel.

Intelligence émotionnelle, rituels : quels sont les 7 leviers du management durable ?

Il est illusoire de penser que le travail à distance s’exerce de la même façon que celui sur site. Le rythme, la concentration, le rapport au temps, la nature des tâches sont différents. Il implique de repenser son savoir-être et ses habitudes. Pour construire une organisation flexible qui sait se transformer, s’adapter aux contraintes, aux changements (souvent rapides) et aux événements, sans saturer la charge cognitive des équipes, le manager-coach doit s’appuyer sur 7 leviers systémiques :

Animer avec patience

C’est accepter que le rythme à distance diffère et qu’une question posée n’appelle pas une réponse dans la minute,

En tant que coach professionnelle, je pense que c’est ici que réside le plus gros challenge : comment maintenir l’esprit d’équipe, l’émulation et la motivation entre les collaborateurs sur site et ceux qui sont en « home-office » ?

Conseil de Coach : faîtes preuve de patience ; évitez de demander tout pour tout de suite !

Agnes Menso

Ils se croisent beaucoup moins et n’ont que très peu d’occasions d’échanger en face à face. Comment alors faire travailler ensemble ce petit monde, en maintenant le bien-être des collaborateurs tout en assurant la performance de l’entreprise ?

Fédérer par la raison d’être de l’entreprise et mobiliser autour du sens

L’objectif est de remplacer le contrôle des heures par l’alignement sur le sens. Il s’agit de mobiliser l’ensemble des collaborateurs autour de projets communs pour développer et soutenir leur motivation, mais également pour renforcer la cohésion et le sentiment d’appartenance. Plus la vision et les livrables sont clairs, plus l’engagement reste fort, peu importe le lieu de travail,

Définir de nouvelles règles de fonctionnement 

Comment « mieux vivre et travailler ensemble » ? Comment faire vivre ces règles dans son quotidien, avec ses collaborateurs, sa hiérarchie, ses pairs, ses clients, ou encore ses fournisseurs en termes :

  • D’écoute individuelle et collective,
  • D’empathie,
  • D’attention,
  • De gratitude,
  • De vigilance,
  • D’expression des émotions,
  • De solidarité et de fraternité,
  • De savoir-être.

Conseil de Coach : Définissez de nouvelles règles et co-construisez la charte relationnelle : établissez des règles explicites avec l’équipe (horaires de joignabilité, respect des temps calmes, droit à l’erreur technique),

Agnes Menso

Modifier et adapter les outils de pilotage

Il ne s’agit pas de balayer d’un revers de main certains outils et rituels : les réunions par exemple gardent toute leur importance, mais leur rythme, leur format et leur durée peuvent être repensés :

  • Format plus court (45 minutes maximum, réunion préparée par tous qui débute et finit à l’heure, ordre du jour précis, « time keeper »),
  • Format plus collaboratif ou participatif, et donc moins descendant, avec des propositions innovantes qui favorisent le développement de l’intelligence collective,

Ces réunions ne sont ni des outils de contrôle, ni de « flicage ». Elles ont pour objectif :

  • De cadrer les responsabilités de chacun, 
  • De maintenir le lien,
  • De renforcer le sentiment d’appartenance,
  • De guider les collaborateurs vers plus d’autonomie.

De plus, même si les KPI et les plans d’actions restent importants, ces e-réunions sont aussi l’occasion :

  • D’évaluer le moral des équipes,
  • De recenser leurs besoins, 
  • D’être vigilant vis à vis des collaborateurs sur-investis (commencent plus tôt / finissent plus tard que d’habitude, envoient plus de mails, font peu de pauses, …), et de ceux qui ont plus de mal à s’organiser (abonnés absents aux mails, aux appels et sollicitations diverses, …),
  • De reconnaître les efforts et les performances des équipes,
  • De valoriser les résultats passés,
  • D’associer chacun au projet d’entreprise et au développement futur.

Être exemplaire

L’exemplarité est l’une des principales « soft skills » du dirigeant et du manager. Elle s’exprime dans de nombreux domaines, et plus particulièrement dans les registres du management, de la communication et de la gestion des émotions.

Un dirigeant qui envoie des mails à 22 heures détruit toute la politique QVT de son entreprise.

S’appuyer sur les managers de proximité

Les managers de proximité sont en première ligne face aux frustrations de l’alternance présence-distance. Leur mission ne cesse d’évoluer ; ils doivent être soutenus et outillés pour gérer ces aspects.

Anticiper et planifier

Utiliser des outils collaboratifs partagés pour savoir :

  • Qui est en télétravail, 
  • Qui est sur site, 
  • Quels jours,
  • Combien de temps

Cette nouvelle façon de travailler induit nécessairement :

L’objectif ici est de trouver le bon rythme entre présence sur site et travail à domicile. Il est difficilement envisageable pour un manager que ses équipes soient en télétravail 3 semaines d’affilée. Où serait alors la raison d’être de l’entreprise et que signifierait l’appartenance ?

Les journées en présentiel doivent être dédiées à la collaboration, au lien social et à la vie d’équipe, et non à l’isolement devant un écran de bureau.

Tensions sur le retour sur site : quel est l’impact de la flexibilité sur la marque employeur ?

Après une période de grande souplesse, certaines directions tentent de rétablir un présentiel obligatoire plus dense, calqué sur les annonces de grands groupes internationaux. Ces décisions unilatérales provoquent de vives tensions sociales, du turnover spontané et des vagues de désengagement.

La flexibilité est devenue le deuxième critère d’attractivité lors des recrutements de cadres. Les entreprises avec des pratiques rigides pénalisent directement leur marque employeur. L’équilibre se situe désormais autour d’accords d’entreprise sur-mesure, négociés avec le CSE, articulés majoritairement autour de 2 jours de télétravail hebdomadaires. Le défi est devenu managérial : 44 % des dirigeants confessent en effet avoir besoin d’un accompagnement externe pour animer ces collectifs hybrides, et 40 % des décideurs recherchent activement des formations au leadership asynchrone.

Zoom Fatigue et neurosciences : pourquoi la visioconférence épuise-t-elle le cerveau ?

Les chercheurs en neurosciences cognitives ont modélisé ce que l’on appelle désormais la Zoom Fatigue ou épuisement attentionnel virtuel. Le cerveau humain n’a pas été programmé pour interagir via une mosaïque de visages en deux dimensions :

  • Le coût cognitif du décodage asymétrique : en face-à-face, notre système nerveux capte des milliers de signaux non verbaux (posture, respiration, micro-mouvements périphériques) de manière inconsciente. En visioconférence, ces signaux disparaissent ou sont altérés par la compression vidéo. Le cerveau doit alors compenser par une attention focalisée bien plus intense pour interpréter les intentions de l’interlocuteur, ce qui provoque une fatigue mentale rapide,
  • La panne des neurones miroirs : les cellules nerveuses, clés de l’empathie et de la cohésion, s’activent lorsque nous partageons le même espace physique et le même rythme corporel. Les écrans brisent cette synchronisation biologique. C’est pourquoi il est physiologiquement plus difficile de bâtir une relation de confiance, de mener une session de créativité ou de résoudre un conflit à distance : le sentiment de connexion émotionnelle est artificiellement atténué,
  • La dissonance de l’auto-observation : voir en permanence notre propre reflet à l’écran pendant une réunion déclenche un mécanisme d’auto-évaluation critique inconscient. Ce stress permanent de représentation sature l’amygdale, et maintient le collaborateur dans un état d’alerte émotionnelle de basse intensité tout au long de la journée.

Temps pour soi, créativité : quels sont les réels avantages du distanciel ?

Si votre emploi le permet, si vous êtes rigoureux, discipliné, autonome, que la solitude ne vous pèse pas trop et que vous aimez (et savez) gérer votre temps comme vous l’entendez, alors le travail à distance est fait pour vous.

Plus d’autonomie !

L’autonomie est la capacité à se prendre en charge pour réaliser une mission.

Par exemple, dans le cadre d’un objectif global, être autonome consiste à se fixer des objectifs individuels intermédiaires, avec un planning, une feuille de route et un plan d’actions pour atteindre l’objectif formulé.

Cette autonomie va généralement de pair avec le niveau de maturité acquis dans son poste.

Plus de liberté !

Le travail à distance ouvre grand la porte à la liberté, en termes de prises d’initiatives, de risques ou encore d’aménagement de son temps de travail de loisirs. Tout en respectant certaines obligations, à vous la liberté de vous connecter à la fraîche, de prendre du temps pour vous et d’organiser votre journée !

Plus de créativité individuelle !

Travailler de chez soi ou dans un tiers-lieu favorise la créativité individuelle. Est-elle liée à l’absence de collègues auprès desquels on peut poser des questions, sans même chercher par nous-mêmes ? Cette façon de faire les choses différemment nous conduit à faire émerger et développer de nouvelles compétences.

Plus de productivité !

Moins de bruit que dans un open space, moins de sources de distraction, moins de temps perdu, la productivité ne baisse pas en télétravail, bien au contraire !

L’expérience « grandeur nature » à laquelle la COVID-19 a contraint les employeurs et les salariés à revoir leur avis sur le télétravail. Au final, tout le monde y trouve son compte.

Plus de temps pour soi et ses proches !

Plus de temps de sommeil, moins de temps dans les transports et donc moins de fatigue nous amènent à voir différemment l’organisation de nos journées : sport, moments d’échange avec famille et amis.

De l’entretien de recrutement à la gestion de projet, en passant par les réunions, la formation, la préparation d’entretien client, le RDV fournisseur, on peut en faire des choses en télétravail ; mais rien ne remplace la relation humaine.

Burnout et isolement : quels sont les risques psychosociaux du télétravail ?

Chaque médaille a son revers. La liberté qu’il amène peut conduire à plus d’isolement, l’autonomie à moins d’interactions avec ses collègues, … Mais gardons à l’esprit que tout est question de justesse et d’équilibre. La vérité est au milieu !

D’avantage d’isolement (et de solitude)

On a beau avoir toutes les nouvelles technologies à notre disposition pour communiquer, et en dépit de la multiplication de la visioconférence, rien ne remplace le lien « réel » qui crée une émulation saine et créative entre les collègues et les équipes.

D’avantage de difficultés à se déconnecter

Le travail vient envahir la sphère personnelle et fait disparaitre la frontière vie perso – vie pro. C’est ce qu’on appelle le « blurring out ». Difficile de faire des pauses quand on est seul, difficile de fermer son ordinateur quand on est happé par un dossier et qu’on n’a pas à se soucier du temps de transport…

Sans compter qu’on a souvent tendance à vouloir en faire plus que ses collègues sur site et que l’ordinateur au beau milieu du salon nous tend les bras, même après une journée bien remplie.

D’avantage de « e-réunions »

Comprenez la réunion à distance, avec tout ce que cela comporte : entre les problèmes de connexion, ceux qui n’arrivent toujours pas à partager les fichiers, qui croient qu’on va mieux les entendre s’ils hurlent le nez sur la caméra (avec zoom sur leur calvitie), on a le combo d’une réunion gagnante !

D’avantage d’informations de toute part

Les sources d’information se sont multipliées, et avec elles, les erreurs ou les approximations ainsi que la perte de temps (pour éplucher les document et trouver l’infographie qui va bien). 

Conseil de Coach : soyez doublement vigilant sur les étapes de vérification !

Agnes Menso

D’avantage de stress et de RPS

Un isolement mal vécu, des e-réunions qui s’enchainent, des conditions de travail difficiles et une connexion quasi-permanente, peuvent provoquer à terme un burnout. Soyez en alerte sur ces symptômes d’épuisement professionnel

Green management et leadership : comment opérer une transition managériale profonde ?

Pérenniser l’alternance présence-distance relève d’un changement de Type II, c’est-à-dire une modification en profondeur du système organisationnel. C’est ici que s’établit la transition vers le management durable ou « green management ». Ce modèle vertueux intègre pleinement les enjeux de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), de Qualité de Vie au Travail (QVT) et d’intelligence émotionnelle.

Cette transformation ne peut réussir sans un leader authentique, qui doit trouver le juste équilibre entre la force de sa vision et l’acceptation de sa propre vulnérabilité. En incarnant des valeurs de respect de soi et des autres, d’humilité et de courage, le dirigeant insuffle la confiance mutuelle indispensable à l’autonomie. Le déploiement de prestations d’accompagnement, qu’il s’agisse de formations spécifiques pour les managers ou de coaching collectif pour les équipes, constitue l’élément clé pour que chacun trouve sa place dans cette organisation réinventée.

Outil pratique : matrice du manager de contrôle au leader systémique

DimensionManagement de contrôle (facteur d’épuisement)Leadership systémique (levier de performance)
Gestion de la performancePrésentéisme numérique : surveillance du temps de connexion, des statuts Teams et des heures d’activitéCulture de l’impact : focus exclusif sur la clarté des objectifs SMART, la qualité des livrables et l’autonomie
Pilotage de l’attentionDisponibilité totale exigée : sollicitations multicanaux incessantes, culture de la réponse immédiateÉcologie attentionnelle : protection des plages sans notification, respect des rythmes
Régulation du lienVisioconférences fleuves : réunions descendantes, longues et épuisantes, sans interactionIngénierie des rituels : séquences de 45 minutes maximum, hautement participatives, centrées sur le moral et le cadrage
Gestion des risquesDéni des signaux faibles : la porosité des temps de vie pro / vie perso (blurring out) est ignorée tant que les KPI sont au vertPrévention active : cartographie de la charge mentale, suivi des collaborateurs isolés ou sur-investis
Posture du dirigeantOmniscient et directif : posture d’autorité classique, contrôle rigide des process et des circuits de validationVulnérabilité intentionnelle : leadership authentique, management par la confiance partagée et le sens

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Est-ce la fin du télétravail en France

Est-ce la fin du télétravail en France ?

Le télétravail en France en 2025 se stabilise autour d’un modèle hybride, qui s’ajuste en permanence pour concilier flexibilité et cohésion d’équipe.

FAQ : les questions sur le management à distance

Comment un manager peut-il détecter les signes d’épuisement à distance ?

Le manager doit utiliser les réunions individuelles et collectives pour évaluer la santé psychologique. Les signaux d’alerte majeurs incluent le sur-engagement (collaborateurs qui envoient des e-mails très tôt ou très tard, ne font plus de pauses) ou, à l’inverse, le désengagement d’un salarié qui devient un « abonné absent » aux sollicitations, aux appels et aux documents partagés.

Quelle méthode personnelle permet de lutter contre l’hyper-connexion à la maison ?

J’ai adopté la méthode Pomodoro : alterner des cycles de 45 minutes de travail ultra-concentré et 10 minutes de pause loin de l’écran. Je recommande également de faire du sport, de s’aérer les méninges, de se fixer des objectifs réalistes la veille au soir pour structurer sa journée du lendemain et enfin s’obliger à fermer son ordinateur une fois les tâches accomplies.

Comment se positionne le télétravail en France face aux demandes de retour sur site ?

Le modèle s’est stabilisé autour d’un fonctionnement négocié. Si certaines entreprises tentent d’imposer un retour en présentiel plus fréquent, ces décisions se heurtent à de fortes résistances (turnover, baisse d’attractivité). La flexibilité est devenue un critère de choix essentiel pour les talents, et les politiques de télétravail restent majoritairement régies par des chartes internes ou des accords d’entreprise sur-mesure, plutôt que par des quotas légaux universels.

Qu’est-ce que le phénomène de blurring out et comment un manager peut-il le limiter ?

Le blurring out désigne l’effacement de la frontière étanche entre la vie professionnelle et la vie privée, le travail venant envahir l’espace personnel du collaborateur à distance. Pour le limiter, le manager doit fixer des règles claires de déconnexion, montrer l’exemple en n’envoyant aucun message en dehors des heures de bureau, et sensibiliser les équipes lors des points individuels à la nécessité de protéger des temps de pause réguliers.

Pourquoi le retour au bureau à 100 % imposé par certaines directions est-il une erreur stratégique ?

Parce qu’il crée une rupture de confiance avec des équipes qui ont prouvé leur efficacité pendant des années. Les données montrent que la rigidité managériale entraîne une hausse immédiate du turnover, des difficultés de recrutement critiques et une baisse de l’engagement des talents, qui considèrent désormais la flexibilité comme un droit acquis et un pilier de leur équilibre de vie.

Comment les neurosciences expliquent-elles la fatigue après une journée de visioconférences ?

Cette fatigue est due à la surcharge cognitive. Le cerveau doit fournir un effort intense pour lequel il n’est pas construit, pour décoder des expressions faciales figées sur un écran et compenser l’absence de repères non verbaux. De plus, le fait de regarder son propre reflet et de subir de micro-décalages audio altère le fonctionnement des neurones miroirs, qui maintiennent le système nerveux sous tension émotionnelle constante.

Qu’est-ce que le management durable ou green management à distance ?

C’est un modèle de leadership systémique qui déplace le curseur de la performance brute vers la performance globale. Il intègre la QVT, la santé mentale des collaborateurs, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) et la responsabilisation des individus. Il remplace la culture managériale du contrôle par un accompagnement de type coaching, axé sur la confiance mutuelle et l’autonomie.

Qu’est-ce que la synchro somatique ?

La synchronisation somatique est le mécanisme par lequel les corps et les cerveaux des individus s’accordent en partageant un même espace physique (rythme, respiration, énergie du groupe). À distance, cette synchronisation est rompue et ainsi fatigue le système relationnel. Pour la compenser, le manager-coach doit protéger les temps de présence sur site : ces journées collectives ne doivent pas être passées isolé derrière un écran de bureau, mais exclusivement dédiées aux ateliers collaboratifs, aux partages de vision, aux déjeuners d’équipe et aux rituels de célébration.

Pourquoi les managers de proximité souffrent-ils le plus de l’organisation flexible ?

Parce qu’ils subissent une double contrainte systémique :

  • D’un côté, leur direction leur demande de garantir des KPI et des résultats identiques à l’ancien modèle,
  • De l’autre, ils doivent gérer l’usure psychologique, le blurring out et l’isolement de collaborateurs qu’ils ne voient plus physiquement. Sans formation spécifique au leadership et sans sas de décompression, ils se transforment en fusibles et s’exposent directement à l’épuisement professionnel.

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