Les biais de décision sont des distorsions cognitives et des filtres informationnels que notre cerveau met en place à notre insu pour générer des choix rapides, mais qui perturbent profondément nos jugements et provoquent des décisions irrationnelles ou illogiques. Étroitement liés à la peur du risque, de l’échec et du rejet, les biais décisionnels sont référencés dans le Codex des biais cognitifs (modélisé par John Manoogian III et Buster Benson), et s’activent principalement face au besoin d’agir dans l’urgence, à la tentation de protéger sa zone de confort ou à la suite d’une exposition répétée à un stimulus.
Coaching de dirigeants de PME et ETI, certifiée HEC.

Qu’ils découlent de biais de mémoire (comme l’effet de Jazonc), de comportement (comme le biais de conformité) ou de jugement (comme l’excès de confiance), ils altèrent la lucidité. Pour contrer ces automatismes qui flattent notre orgueil ou notre naïveté, l’application de méthodologies pragmatiques et l’écoute des avis divergents s’imposent comme des leviers correctifs indispensables pour faire des choix rationnels.
Table des matières
En bref
- Les biais décisionnels sont alimentés par la peur de l’échec, du rejet et du risque,
- Ces mécanismes se traduisent sur le terrain par de la procrastination, des validations bloquées ou une absence de réponse aux sollicitations des équipes,
- Les biais de décision sont interconnectés et se regroupent en trois grandes familles : les biais de mémoire, les biais de comportement et les biais de jugement,
- Face aux tours que nous joue notre cerveau, une approche pas-à-pas et pragmatique permet de neutraliser efficacement ces filtres inconscients.
Le point de vue de l’auteur : Agnes Menso
Alors que nous pensons agir de manière juste, raisonnée et argumentée, notre cerveau est en réalité guidé par des forces invisibles (l’intuition non factuelle, l’orgueil ou encore une certaine naïveté face au quotidien) et la pure rationalité lors d’une prise de décision n’est bien souvent qu’une illusion. Pour atteindre un management empreint de sagesse et de performance, et décider le mieux possible, le chef d’entreprise ou le manager doit accepter de perdre le contrôle absolu ses certitudes et de bousculer ses croyances. Pour cela, je vous invite à vous entourer de collaborateurs qui pensent différemment de vous et de les écouter attentivement. Enfin, la méthode Kaizen est un outil idéal pour réintroduire de la logique, de la distance émotionnelle et de la rigueur factuelle dans les choix stratégiques de l’entreprise.
Qu’est-ce qu’un biais décisionnel et comment influence-t-il la rationalité des choix ?
Ce sont des biais qui influencent nos décisions. Les biais décisionnels sont des biais cognitifs qui, selon le CODEX des biais cognitifs se manifestent lorsque :
- Nous devons agir rapidement (biais des émotions immédiates),
- Nous préférons rester dans notre zone de confort et dans un environnement connu plutôt que nous en écarter (biais de statuquo),
- Nous sommes plus sensibles à l’exposition répétée d’un individu, d’un produit ou d’un service (effet de simple exposition),
- …

Modèle Algorithmique : John Manoogian III (jm3) –
Modèle Organisationnel : Buster Benson
Quels exemples concrets de biais de décision perturbent les choix en entreprise ?
Les biais de décision sont étroitement liés aux :
- Biais de mémoire (c’est le cas par exemple du biais de Jazonc),
- Biais de comportement (via le biais de conformité par exemple),
- Biais de jugement.
Le biais des émotions immédiates
Lorsqu’on est amené à agir (rapidement ou pas), il est fréquent que nos émotions s’invitent dans notre jugement et guident nos prises de décisions.
| Le biais des émotions immédiates | |
|---|---|
| Exemple de biais des émotions immédiates | Vous devez prendre une décision difficile concernant un collaborateur que vous avez recruté en dans lequel vous avez beaucoup investi. Il en va de votre crédibilité et vous ne parvenez pas à trancher… |
| Sortir du biais des émotions immédiates | ✅ Prenez de la distance et demandez-vous « Si je devais quitter l’entreprise, que ferait mon successeur / patron » ? ✅ Ce biais est lié à la gestion des émotions |
Le biais de statuquo
Il désigne notre résistance au changement et notre préférence pour rester dans notre état initial plutôt que de nous en écarter. La nouveauté engendrerait plus de risques que de bénéfices.
| Le biais de statuquo | |
|---|---|
| Exemple de biais de statuquo | Vous souhaitez changer de job, mais voulez avoir toutes les informations qui vont vous rassurer avant de sauter le pas. A force d’attendre, vous ne le faîtes pas… |
| Sortir du biais de statuquo | ✅ Vous ne pourrez jamais disposer de toutes les informations ! Chaque élément en amène un autre. ✅ Au final, êtes-vous vraiment prêt à changer ? ✅ Le voulez-vous vraiment ? ✅ Au fond, que voulez-vous ? |
Le biais de Jazonc
Appelé effet de de simple exposition, il appartient également à la catégorie des biais de mémoire. Il part du principe selon lequel, l’individu accorde plus d’importance à un objet ou à une personne auquel il est fréquemment exposé.
| Le biais de Jazonc | |
|---|---|
| Exemple de biais de Jazonc | Vous accordez beaucoup (trop) d’importance à l’avis de ce collègue, que vous voyez tous les jours et avec qui vous déjeunez régulièrement. Il influence toutes vos décisions. Ses conseils sont-ils vraiment aussi bons que cela ? |
| Sortir du biais de Jazonc | ✅ Reprenez votre liberté ! ✅ Sans pour autant voir la manipulation partout, mettez en balance ce qu’il vous dit en questionnant d’autres membres de votre entourage. ✅ Demandez-vous : « En me disant cela, quel intérêt sert-il ? » |
Le biais de cadrage serré
C’est la tendance qu’aura un individu de ne voir qu’un nombre limité de possibilités, en privilégiant des questions fermées (et des réponses qui le sont tout autant).
| Le biais de cadrage serré | |
|---|---|
| Exemple de biais de cadrage serré | « Est-ce que je dois changer de job / quitter mon entreprise ? », « Est-ce que je dois en parler à ce collègue ? »… |
| Sortir du biais de cadrage serré | ✅ La réponse peut parfois sembler limpide, mais il sera probablement plus judicieux d’opter pour une question ouverte qui offrira plus d’options et vous permettra d’affiner votre décision. |
Le biais de confirmation
Il est référencé parmi les biais de jugement et consiste à accorder plus d’importance aux éléments qui confortent notre point de vue et balayer ceux qui vont à l’encontre de nos convictions.
Le biais d’excès de confiance
Il fait partie des biais de jugement et stipule qu’on surestime ses connaissances et ses capacités, et qu’on peut ainsi passer à côté d’informations importantes. Cet excès de confiance en soi peut conduire à des décisions déplorables…
Le biais d’autorité
C’est la tendance à accorder plus de valeur à l’avis d’une personne que l’on considère comme ayant une autorité sur un sujet donné. C’est un leader charismatique, un manager compétent, un médecin, un économiste… Sa parole fait foi, et son expertise reconnue. Nul ne songerait d’ailleurs à la remettre en cause. L’individu a donc tendance à suivre ses conseils et ses recommandations et si des doutes émergent, il a tendance à les passer sous silence.
Le biais Von Restorff
Appelé également effet Von Restorff ou effet d’isolation, il prévoit qu’un objet qui se détache d’autres, est plus susceptible d’être retenu, car il est inhabituel et distinctif.
Le biais d’intuition
C’est la tendance à accorder beaucoup d’importance à son intuition, et à prendre des décisions en fonction de celle-ci. S’il est important d’écouter cette petite voix, celle-ci ne doit en aucun cas primer sur les faits concrets.
Conseil de Coach : Dans son approche pragmatique, la méthode Kaizen peut être une solution pour contrer les biais de décision.
Agnes Menso
Outil pratique : grille de décodage et de neutralisation des biais décisionnels
| Biais cognitif concerné | Manifestations en entreprise | Impacts sur le système | Stratégies de sortie |
|---|---|---|---|
| Émotions immédiates (Biais comportemental) | Recadrer rapidement un collaborateur que l’on a soi-même recruté et valorisé | Le jugement professionnel est pollué par l’affect et empêche les choix | Prendre de la distance et se demander : Si je devais quitter l’entreprise, que ferait mon successeur ? |
| Le statu quo (Biais comportemental) | Vouloir changer de poste mais exiger d’avoir 100 % des informations rassurantes avant d’agir | Résistance au changement par peur du risque ; immobilisme et routine | Accepter l’inconnu et admettre qu’on ne peut pas tout savoir. Se demander : Est-ce que je le veux vraiment ? |
| 3. Effet de Jazonc (Biais de mémoire) | Accorder une importance exclusive à l’avis d’un collègue | Perte d’esprit critique et risque de subir une manipulation ou une influence involontaire | Reprendre sa liberté et mettre en balance les propos en allant questionner d’autres membres de l’entourage |
| L’excès de confiance (Biais de jugement) | Surestimer systématiquement ses compétences et ses grilles d’analyse face à un défi complexe | Omission d’informations cruciales et prise de décisions déplorables | Pratiquer la méthode Kaizen et avancer pas à pas en s’appuyant sur des faits mesurables et objectifs |
| L’effet d’autorité (Biais comportemental) | Suivre aveuglément les conseils d’un leader charismatique ou d’un expert reconnu | Censure des doutes individuels, absence de remise en question et conformisme | Activer le doute constructif, oser écouter et solliciter l’avis de ceux qui pensent différemment |
Alors qu’on pensait nos décisions justes, rationnelles et objectives, on s’aperçoit que notre cerveau, une fois de plus, nous joue des tours et que bien souvent nos prises de décision résultent de notre intuition, parfois de notre naïveté ou encore de notre orgueil… Pour plus de sagesse et de justesse, il me paraît alors fondamental de renouer avec notre capacité à douter et d’écouter celles et ceux qui pensent différemment de nous.
FAQ : les questions clés sur les biais de décision
Pourquoi les biais de décision poussent-ils inconsciemment les managers à la procrastination ?
Les biais de décision bloquent l’action car ils sabotent la rationalité du manager en y injectant de la peur et de la distorsion d’information. Confronté à la peur du risque, de l’échec ou du rejet, le cerveau d’un dirigeant cherche à se protéger. Pour éviter de faire un choix potentiellement imparfait, il utilise des mécanismes de défense concrets comme le fait de ne pas répondre aux sollicitations de ses équipes ou de faire traîner indéfiniment des demandes de validation, pensant à tort préserver son confort immédiat.
Qu’est-ce que le biais de cadrage serré et comment paralyse-t-il les choix de carrière ?
Le biais de cadrage serré est la tendance à aborder un problème sous un angle trop restreint, en s’enfermant dans un nombre limité d’options et de questions fermées. Lors d’une transition professionnelle, il se manifeste par des interrogations binaires du type : « Est-ce que je doit changer de job ou quitter mon entreprise ? » Ce mode de pensée occulte les alternatives intermédiaires. Pour en sortir et faire des choix rationnels, il est indispensable de reformuler sa réflexion sous forme de questions ouvertes afin de libérer de nouvelles perspectives.


Comment le biais de confirmation et l’excès de confiance mènent-ils à des décisions déplorables ?
Ces deux biais de jugement agissent en synergie pour aveugler le décideur en éliminant les données contradictoires du terrain. L’excès de confiance pousse un manager à surestimer ses propres connaissances et capacités, le rendant imperméable aux alertes. En parallèle, le biais de confirmation le conduit à ne retenir que les seuls éléments qui confortent ses convictions initiales, tout en balayant d’un revers de main les faits concrets qui vont à l’encontre de ses choix, ce qui mène inévitablement à des erreurs stratégiques majeures.