Biais de raisonnement : comment déjouer les pièges de votre cerveau pour décider avec plus de discernement ?

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Les biais de raisonnement sont des mécanismes cognitifs automatiques qui altèrent notre rationalité en nous incitant à privilégier des jugements qui renforcent notre propre point de vue, au détriment d’une analyse objective. Recensés à plus de 250 formes par les chercheurs Daniel Kahneman (Prix Nobel d’Économie) et Amos Tversky, ces raccourcis de la pensée se déclenchent inconsciemment et proviennent de quatre grandes causes systémiques : un trop-plein d’informations, un manque de sens, la nécessité d’agir rapidement ou les limites inhérentes à notre mémoire.

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Coaching de dirigeants de PME et ETI, certifiée HEC.

Les biais de raisonnement
Biais de raisonnement : comment déjouer les pièges de votre cerveau pour décider avec plus de discernement ?

Ils affectent activement les choix stratégiques des dirigeants et des managers dans la gestion d’équipe, le cadrage de projets ou la conduite du changement. Connaître l’existence de ces pièges psychologiques ne suffit malheureusement pas à s’en prémunir totalement, car ils découlent du fonctionnement biologique même de notre cerveau. Pour minimiser leur impact destructeur sur la performance, il est indispensable de s’appuyer sur le recul critique, la méthode Kaizen et l’ouverture aux feedbacks externes, et transformer ainsi une vision biaisée en un levier de décision éclairé.

Table des matières

En bref

  • Les biais de raisonnement peuvent influencer nos comportements sans que nous en ayons conscience : vrai. Par exemple, le biais d’ancrage peut nous pousser à nous baser sur une première information (même incorrecte) pour prendre une décision, ou le biais de groupe peut nous faire adopter une opinion simplement parce que la majorité la partage. Ces mécanismes se déclenchent automatiquement, sans qu’on les remarque.
  • Une fois qu’on connaît les biais de raisonnement, on ne tombe plus dedans : faux. Malheureusement, non ! Même en les connaissant, on reste vulnérable, car ils sont liés à la façon dont notre cerveau fonctionne. Ce qu’on peut faire, c’est les repérer plus vite et les remettre en question avec un peu de recul.
  • Les biais de raisonnement peuvent fausser nos décisions et notre jugement : vrai. Que ce soit dans le travail, les relations ou la vie quotidienne, ces biais peuvent nous amener à surévaluer certaines informations, en ignorer d’autres, ou tirer des conclusions hâtives, souvent sans s’en rendre compte.

Le point de vue de l’auteur : Agnes Menso

Le raisonnement exige une analyse logique et rationnelle qui exclut les jugements hâtifs et les raccourcis de la pensée. Déjouer les biais cognitifs exige une discipline mentale et une humilité intellectuelle indispensables à l’excellence du leader. Cette lucidité impose de s’affranchir des automatismes inconscients du cerveau pour basculer vers une observation objective et mesurée du réel. Cette démarche agit comme un rempart pour neutraliser les illusions de savoir ou de vérité illusoire, et se détacher du piège des certitudes trompeuses. La déconstruction de nos filtres demande du travail, de la persévérance et du courage pour remettre en question nos propres modèles et également pour rééduquer notre cerveau. Analyser le contexte spécifique de chaque situation est essentiel avant d’arbitrer.

Qu’est-ce qu’un biais de raisonnement et comment entrave-t-il la réflexion logique ?

Selon le Larousse, raisonner est la capacité d’un individu à « faire usage de sa raison, de sa capacité de réflexion ».  Le raisonnement fait donc appel à une analyse logique et rationnelle. Pondéré et sage, il exclut intuition et fantaisie. Les biais de raisonnement viennent alors entraver le processus de réflexion.

Comment le Codex des biais cognitifs classifie-t-il les raccourcis de notre pensée ?

Daniel Kahneman (Prix Nobel d’Economie en 2002) et Amos Tversky ont recensé plus de 250 biais cognitifs, qui perturbent notre raisonnement, influencent notre jugement et nous font prendre des décisions injustifiées et irrationnelles. 

Selon le Codex des bais cognitifs, nous pouvons classer ces raccourcis de la pensée de la façon suivante :

  • Les biais cognitifs liés à trop d’informations,
  • Les biais cognitifs liés à un manque de sens,
  • Les biais cognitifs qui découlent de la nécessité d’agir rapidement, 
  • Les biais cognitifs qui découlent des limites de la mémoire.
biais de raisonnement
Carte du Codex des Biais Cognitifs
Modèle Algorithmique : John Manoogian III (jm3) –
Modèle Organisationnel : Buster Benson

Quels sont les principaux exemples de biais de raisonnement en milieu professionnel ?

Par manque d’objectivité et de rationalité, ces paradoxes dans le raisonnement vont conduire l’individu à ne pas exercer son sens critique et à prioriser des éléments qui : 

  • Confirment ses conceptions (biais de confirmation), 
  • Lui font prendre ses désirs pour des réalités (biais de croyance), 
  • Sont érigés en généralité (biais de représentativité),
  • Lui permettent d’accorder plus d’importance aux bonnes nouvelles qu’aux mauvaises (biais d’optimisme),
  • L’amènent à croire que les choses fonctionneront à l’avenir comme elles ont fonctionné par le passé (biais de normalité)

L’effet IKEA

C’est la tendance naturelle que nous avons à accorder plus de valeur à un bien que nous avons créé ou construit. 

L’effet IKEA
Exemple d’effet IKEA 1La formation que vous avez conçue est bien meilleure que les autres. Vous lui avez consacré du temps et de l’énergie et acceptez mal les critiques et les remarques. C’est un peu votre bébé ! (PS : Cet exemple fonctionne également très bien avec la maison qui a vu grandir vos enfants et dans laquelle vous avez vos souvenirs).
Sortir de l’effet IKEA 1 ✅ Soyez vigilant à l’égard des comportements contre-productifs. La formation que vous défendez bec et ongles peut certainement être améliorée.
✅ Ecoutez les remarques et les suggestions de votre entourage s’il vous suggère quelques modifications. 
Exemple d’effet IKEA 2Certains collaborateurs qui auront nourri un lien très fort avec leur collègues et leur manager auront plus de difficultés à quitter leur entreprise par rapport à d’autres qui seront moins engagés ou qui auront moins investi la sphère émotionnelle.
Sortir de l’effet IKEA 2✅ Votre job vous passionne-t-il toujours autant ?
✅ Quelles sont vos possibilités d’évolution et de formation dans l’entreprise ?
Ces questionnements vous permettront d’analyser la situation de façon plus objective et rationnelle. 
© Agnès Menso – L’effet IKEA

Biais d’illusion de corrélation

On l’appelle également « corrélation trompeuse ». Ce biais cognitif consiste à percevoir une corrélation entre deux évènements qui n’existe pas ou qui est bien plus faible en réalité. Il fleurit par exemple dans les croyances populaires, en astrologie et dans les horoscopes et se retrouve dans l’effet Barnum.

Le biais d’illusion de corrélation
Sortir du biais d’illusion de corrélationSi vous êtes sensible à ces croyances, mettez en place une stratégie qui vous permettra de dépasser ce biais :
✅ Plus d’anticipation et de préparation si vous craignez que cela se passe mal,
✅ Plus d’humilité face à l’excès de confiance (excès de zèle) et si vous pensez « avoir le vent en poupe », …
© Agnès Menso – Le biais d’illusion de corrélation

Conseil de Coach : Dans son approche, la méthode Kaizen peut être une solution pour contrer les biais de raisonnement.

Agnes Menso

Le biais d’illusion de savoir

Il apparaît quand un individu confronté à une situation en apparence identique à une situation connue, réagit de façon habituelle, sans éprouver le besoin de rechercher les informations complémentaires qui auraient mis en évidence une différence par rapport à la situation habituelle. 

Le biais d’illusion de savoir
Exemple de biais d’illusion de savoirVous êtes manager et êtes confronté à des conflits entre deux de vos collaborateurs. Ces tensions ont des répercussions sur l’ambiance et la motivation du reste des membres de l’équipe. Par le passé, vous avez connu cette situation. C’est la raison pour laquelle vous appliquez la même méthode que celle que vous avez déjà utilisée, sans chercher à prendre des informations complémentaires. L’expérience a du bon, mais sans le savoir, vous prenez le risque de courir à la catastrophe.
Sortir du biais d’illusion de savoir ✅ Prenez le temps de rencontrer individuellement les individus concernés pour découvrir le contexte du conflit.
✅ Faîtes preuve d’empathie et n’hésitez pas à utiliser les techniques du feedback.
© Agnès Menso – Le biais d’illusion de savoir

Le biais de vérité illusoire

C’est la tendance à croire qu’une information est correcte après une exposition répétée. 

Le biais de vérité illusoire
Exemple de biais de vérité illusoireLa réputation de ce patron l’a précédé… Il est perçu comme intransigeant, cassant, sans humour. En travaillant avec lui, vous vous rendez compte que c’est un leader charismatique, très exigeant, un peu control freak, et qui ne pourra que vous faire progresser dans votre style de management.
Sortir du biais de vérité illusoire ✅ N’écoutez pas qu’un seul son de cloche,
✅ Remettez en cause ce que vous entendez
✅ Doutez (vive le Cinquième Accord Toltèque !)
© Agnès Menso – Le biais de vérité illusoire

Le biais de normalité

C’est la tendance à croire que les choses fonctionneront à l’avenir comme elles ont fonctionné par le passé et donc à sous-estimer, par exemple, la probabilité d’un événement exceptionnel. C’est le signe que ce que nous tenons pour acquis, ne changera pas. 

Le biais de normalité
Exemple de biais de normalitéVous n’auriez jamais pensé qu’avec cette réorganisation, votre poste allait connaître de profonds changements. Et pourtant…
Sortir du biais de normalité✅ Sans pour autant envisager le pire, c’est être conscient que nos systèmes de gouvernance changent et que nous sommes de plus en plus dans un fonctionnement matriciel, auquel il faut s’adapter. C’est le cœur de la conduite de changement.
© Agnès Menso – Le biais de normalité

Le biais de cadrage

Il désigne l’influence que peut avoir la formulation d’une question ou d’un problème sur la réponse qui y est apportée, et montre à quel point l’être humain est influençable. 

Le biais de cadrage
Exemple de biais de cadrageLa promotion que vous avez demandée, a été refusée.
Sortir du biais de cadrage✅ Vous pouvez « lâcher l’affaire », vous morfondre et saboter les projets sur lesquels vous travaillez, ou bien
✅ Vous former, rebondir et donner un élan différent à votre carrière. Et si au final, ce refus était le début d’une nouvelle aventure bien plus exaltante ? 
© Agnès Menso – Le biais de cadrage

Le biais d’optimisme

C’est la tendance à accorder plus d’attention et d’importance aux bonnes nouvelles qu’aux mauvaises. Il amène l’individu à croire qu’il est moins exposé à un événement négatif que d’autres, et peut conduire à de mauvaises prises de décision.

La corrélation illusoire de Chapman & Chapman

C’est l’action d’associer deux informations objectivement indépendantes ou de surestimer la liaison entre deux données en réalité faiblement associées.

Qu’est-ce que la dissonance cognitive et comment l’esprit justifie-t-il ses contradictions ?

Formulé pour la première fois par le psychologue Leon Festinger en 1957 dans son ouvrage A theory of cognitive dissonance, la dissonance cognitive est la tension interne que ressent un individu lorsque ses pensées, ses émotions, ses croyances et ses attitudes rentrent en contradiction les unes avec les autres. Cet inconfort se manifeste également lorsqu’un comportement est en conflit avec des idées ou des croyances. Afin d’en limiter les effets, l’individu cherche alors des justifications à son comportement. 

Les dissonances cognitives sont à distinguer des distorsions cognitives.

Quelles sont les 10 formes de distorsions cognitives qui déforment notre vision du réel ?

Le concept de distorsions cognitives a été introduit en 1967 par le psychiatre américain Aaron T. Beck, pionnier de la psychothérapie cognitivo-comportementale. Il  les définit comme le fait de « déformer le réel par une interprétation erronée, de voir le monde de manière biaisée, conduisant ainsi le sujet à avoir des pensées négatives, elles-mêmes sources d’anxiété et de mal-être. Ces pensées sont d’autant plus difficiles à contrer qu’elles deviennent systématiques et envahissantes pour le sujet qui en souffre, au point qu’elles prennent le pas sur une vision lucide du monde et deviennent automatiques ». L’individu est alors pris dans dans une spirale de pensées et d’émotions négatives.

Aaron T. Beck et son élève, David Burns ont mis en évidence 10 formes de distorsions cognitives qui entretiennent les émotions négatives d’un individu :

  • La pensée dichotomique,
  • L’inférence arbitraire,
  • La sur-généralisation,
  • L’abstraction sélective,
  • La dramatisation ou la minimisation,
  • La personnalisation,
  • Le raisonnement émotionnel,
  • Les fausses obligations,
  • L’étiquetage,
  • Le blâme (ou la personnalisation), 

Suite à ces travaux, d’autres distorsions cognitives ont été développées : 

  • L’attente ou l’illusion de justice, 
  • L’illusion de pouvoir contrôler autrui ou de se sentir contrôlé,
  • Le fait de se comparer négativement aux autres, 

À l’instar des biais de jugement, des biais de comportement, des biais de décision ou encore des bais mnésiques, les biais de raisonnement tronquent la pensée de l’individu. Ces biais perceptuels le conduisent ainsi à oublier tout esprit critique et toute rationalité, l’amenant à formuler des jugements « à l’emporte pièce » et adopter des comportements saugrenus. 

FAQ : comment repérer, corriger et moins subir les biais cognitifs au quotidien ?

Quelle est la différence fondamentale entre un biais de raisonnement, une dissonance cognitive et une distorsion cognitive ?

Bien que ces trois concepts altèrent notre lucidité, ils n’interviennent pas au même niveau de notre structure psychologique :

  • Le biais de raisonnement est un raccourci logique inconscient qui fausse l’analyse objective des faits,
  • La dissonance cognitive est une tension ou un inconfort interne douloureux qui apparaît lorsque nos croyances ou pensées entrent en contradiction directe avec nos actes,
  • La distorsion cognitive (théorisée par Aaron T. Beck) est une déformation systématique et envahissante du réel qui enferme le sujet dans une spirale d’interprétations erronées et d’émotions négatives.

Pourquoi la simple connaissance théorique des biais cognitifs ne suffit-elle pas à nous empêcher de tomber dedans ?

Parce que les biais de raisonnement sont des automatismes biologiques profondément ancrés dans le fonctionnement de notre cerveau ! Ils agissent comme des raccourcis inconscients pour économiser notre énergie cognitive face à l’urgence ou au flux d’informations. Par conséquent, même un expert averti demeure vulnérable ; la clé ne réside pas dans l’immunité, mais dans la capacité à développer du recul pour repérer l’erreur de jugement plus rapidement et la corriger avant l’action.

En quoi la méthode Kaizen constitue-t-elle un outil efficace pour contrer nos automatismes de pensée ?

La méthode Kaizen, axée sur la philosophie des petits pas et de l’amélioration continue, permet de contourner les résistances naturelles de notre cerveau face au changement. Au lieu de vouloir révolutionner brutalement nos schémas de pensée ou nos techniques de prise de décision, elle invite à installer de micro-habitudes de questionnement critique au quotidien. En déconstruisant progressivement et calmement nos certitudes absolues, elle aide le manager à restaurer une analyse factuelle et mesurée.

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