Les biais de raisonnement

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Les biais de raisonnement sont des biais cognitifs qui conduisent l’individu à oublier toute rationalité. Ces paradoxes de raisonnement vont ainsi l’amener à favoriser des hypothèses et des jugements qui renforcent son point de vue, au détriment d’une analyse objective et d’une réflexion rationnelle. 

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Les biais de raisonnement
Les biais de raisonnement

Dans cet article, je vais vous proposer une définition des biais de raisonnement, quelques exemples et des astuces pour moins les subir dans votre quotidien. Je répondrai également à trois questions sur les biais de raisonnement.

Définition des biais de raisonnement 

Selon le Larousse, raisonner est la capacité d’un individu à « faire usage de sa raison, de sa capacité de réflexion ».  Le raisonnement fait donc appel à une analyse logique et rationnelle. Pondéré et sage, il exclut intuition et fantaisie. Les biais de raisonnement viennent alors entraver le processus de réflexion.

Les biais cognitifs

Daniel Kahneman (Prix Nobel d’Economie en 2002) et Amos Tversky ont recensé plus de 250 biais cognitifs, qui perturbent notre raisonnement, influencent notre jugement et nous font prendre des décisions injustifiées et irrationnelles. 

Selon le Codex des bais cognitifs, nous pouvons classer ces raccourcis de la pensée de la façon suivante :

  • Les biais cognitifs liés à trop d’informations,
  • Les biais cognitifs liés à un manque de sens,
  • Les biais cognitifs qui découlent de la nécessité d’agir rapidement, 
  • Les biais cognitifs qui découlent des limites de la mémoire.
Les biais de raisonnement 1
Carte du Codex des Biais Cognitifs
Modèle Algorithmique : John Manoogian III (jm3) –
Modèle Organisationnel : Buster Benson

Exemples de biais de raisonnement

Par manque d’objectivité et de rationalité, ces paradoxes dans le raisonnement vont conduire l’individu à ne pas exercer son sens critique et à prioriser des éléments qui : 

  • Confirment ses conceptions (biais de confirmation), 
  • Lui font prendre ses désirs pour des réalités (biais de croyance), 
  • Sont érigés en généralité (biais de représentativité),
  • Lui permettent d’accorder plus d’importance aux bonnes nouvelles qu’aux mauvaises (biais d’optimisme),
  • L’amènent à croire que les choses fonctionneront à l’avenir comme elles ont fonctionné par le passé (biais de normalité)

L’effet IKEA

C’est la tendance naturelle que nous avons à accorder plus de valeur à un bien que nous avons créé ou construit. 

L’effet IKEA
Exemple d’effet IKEA 1La formation que vous avez conçue est bien meilleure que les autres. Vous lui avez consacré du temps et de l’énergie et acceptez mal les critiques et les remarques. C’est un peu votre bébé ! (PS : Cet exemple fonctionne également très bien avec la maison qui a vu grandir vos enfants et dans laquelle vous avez vos souvenirs).
Sortir de l’effet IKEA 1 ✅ Soyez vigilant à l’égard des comportements contre-productifs. La formation que vous défendez bec et ongles peut certainement être améliorée.
✅ Ecoutez les remarques et les suggestions de votre entourage s’il vous suggère quelques modifications. 
Exemple d’effet IKEA 2Certains collaborateurs qui auront nourri un lien très fort avec leur collègues et leur manager auront plus de difficultés à quitter leur entreprise par rapport à d’autres qui seront moins engagés ou qui auront moins investi la sphère émotionnelle.
Sortir de l’effet IKEA 2✅ Votre job vous passionne-t-il toujours autant ?
✅ Quelles sont vos possibilités d’évolution et de formation dans l’entreprise ?
Ces questionnements vous permettront d’analyser la situation de façon plus objective et rationnelle. 
© Agnès Menso – L’effet IKEA

Biais d’illusion de corrélation

On l’appelle également « corrélation trompeuse ». Ce biais cognitif consiste à percevoir une corrélation entre deux évènements qui n’existe pas ou qui est bien plus faible en réalité. Il fleurit par exemple dans les croyances populaires, en astrologie et dans les horoscopes et se retrouve dans l’effet Barnum.

Le biais d’illusion de corrélation
Sortir du biais d’illusion de corrélationSi vous êtes sensible à ces croyances, mettez en place une stratégie qui vous permettra de dépasser ce biais :
✅ Plus d’anticipation et de préparation si vous craignez que cela se passe mal,
✅ Plus d’humilité face à l’excès de confiance (excès de zèle) et si vous pensez « avoir le vent en poupe », …
© Agnès Menso – Le biais d’illusion de corrélation

Le biais d’illusion de savoir

Il apparaît quand un individu confronté à une situation en apparence identique à une situation connue, réagit de façon habituelle, sans éprouver le besoin de rechercher les informations complémentaires qui auraient mis en évidence une différence par rapport à la situation habituelle. 

Le biais d’illusion de savoir
Exemple de biais d’illusion de savoirVous êtes manager et êtes confronté à des conflits entre deux de vos collaborateurs. Ces tensions ont des répercussions sur l’ambiance et la motivation du reste des membres de l’équipe. Par le passé, vous avez connu cette situation. C’est la raison pour laquelle vous appliquez la même méthode que celle que vous avez déjà utilisée, sans chercher à prendre des informations complémentaires. L’expérience a du bon, mais sans le savoir, vous prenez le risque de courir à la catastrophe.
Sortir du biais d’illusion de savoir ✅ Prenez le temps de rencontrer individuellement les individus concernés pour découvrir le contexte du conflit.
✅ Faîtes preuve d’empathie et n’hésitez pas à utiliser les techniques du feedback.
© Agnès Menso – Le biais d’illusion de savoir

Le biais de vérité illusoire

C’est la tendance à croire qu’une information est correcte après une exposition répétée. 

Le biais de vérité illusoire
Exemple de biais de vérité illusoireLa réputation de ce patron l’a précédé… Il est perçu comme intransigeant, cassant, sans humour. En travaillant avec lui, vous vous rendez compte que c’est un leader charismatique, très exigeant, un peu control freak, et qui ne pourra que vous faire progresser dans votre style de management.
Sortir du biais de vérité illusoire ✅ N’écoutez pas qu’un seul son de cloche,
✅ Remettez en cause ce que vous entendez
✅ Doutez (vive le Cinquième Accord Toltèque !)
© Agnès Menso – Le biais de vérité illusoire

Le biais de normalité

C’est la tendance à croire que les choses fonctionneront à l’avenir comme elles ont fonctionné par le passé et donc à sous-estimer, par exemple, la probabilité d’un événement exceptionnel. C’est le signe que ce que nous tenons pour acquis, ne changera pas. 

Le biais de normalité
Exemple de biais de normalitéVous n’auriez jamais pensé qu’avec cette réorganisation, votre poste allait connaître de profonds changements. Et pourtant…
Sortir du biais de normalité✅ Sans pour autant envisager le pire, c’est être conscient que nos systèmes de gouvernance changent et que nous sommes de plus en plus dans un fonctionnement matriciel, auquel il faut s’adapter. C’est le cœur de la conduite de changement.
© Agnès Menso – Le biais de normalité

Le biais de cadrage

Il désigne l’influence que peut avoir la formulation d’une question ou d’un problème sur la réponse qui y est apportée, et montre à quel point l’être humain est influençable. 

Le biais de cadrage
Exemple de biais de cadrageLa promotion que vous avez demandée, a été refusée.
Sortir du biais de cadrage✅ Vous pouvez « lâcher l’affaire », vous morfondre et saboter les projets sur lesquels vous travaillez, ou bien
✅ Vous former, rebondir et donner un élan différent à votre carrière. Et si au final, ce refus était le début d’une nouvelle aventure bien plus exaltante ? 
© Agnès Menso – Le biais de cadrage

Le biais d’optimisme

C’est la tendance à accorder plus d’attention et d’importance aux bonnes nouvelles qu’aux mauvaises. Il amène l’individu à croire qu’il est moins exposé à un événement négatif que d’autres, et peut conduire à de mauvaises prises de décision.

La corrélation illusoire de Chapman & Chapman

C’est l’action d’associer deux informations objectivement indépendantes ou de surestimer la liaison entre deux données en réalité faiblement associées.

Les dissonances cognitives

Formulé pour la première fois par le psychologue Leon Festinger en 1957 dans son ouvrage A theory of cognitive dissonance, la dissonance cognitive est la tension interne que ressent un individu lorsque ses pensées, ses émotions, ses croyances et ses attitudes rentrent en contradiction les unes avec les autres. Cet inconfort se manifeste également lorsqu’un comportement est en conflit avec des idées ou des croyances. Afin d’en limiter les effets, l’individu cherche alors des justifications à son comportement. 

Les dissonances cognitives sont à distinguer des distorsions cognitives.

Les distorsions cognitives

Le concept de distorsions cognitives a été introduit en 1967 par le psychiatre américain Aaron T. Beck, pionnier de la psychothérapie cognitivo-comportementale. Il  les définit comme le fait de « déformer le réel par une interprétation erronée, de voir le monde de manière biaisée, conduisant ainsi le sujet à avoir des pensées négatives, elles-mêmes sources d’anxiété et de mal-être. Ces pensées sont d’autant plus difficiles à contrer qu’elles deviennent systématiques et envahissantes pour le sujet qui en souffre, au point qu’elles prennent le pas sur une vision lucide du monde et deviennent automatiques ». L’individu est alors pris dans dans une spirale de pensées et d’émotions négatives.

Aaron T. Beck et son élève, David Burns ont mis en évidence 10 formes de distorsions cognitives qui entretiennent les émotions négatives d’un individu :

  • La pensée dichotomique,
  • L’inférence arbitraire,
  • La sur-généralisation,
  • L’abstraction sélective,
  • La dramatisation ou la minimisation,
  • La personnalisation,
  • Le raisonnement émotionnel,
  • Les fausses obligations,
  • L’étiquetage,
  • Le blâme (ou la personnalisation), 

Suite à ces travaux, d’autres distorsions cognitives ont été développées : 

  • L’attente ou l’illusion de justice, 
  • L’illusion de pouvoir contrôler autrui ou de se sentir contrôlé,
  • Le fait de se comparer négativement aux autres, 

À l’instar des biais de jugement, des biais de comportement, des biais de décision ou encore des bais mnésiques, les biais de raisonnement tronquent la pensée de l’individu. Ces biais perceptuels le conduisent ainsi à oublier tout esprit critique et toute rationalité, l’amenant à formuler des jugements « à l’emporte pièce » et adopter des comportements saugrenus. 

Nos réponses à vos questions sur les biais de raisonnement

Quels sont les biais de raisonnement ?

Les biais de raisonnement conduisent l’individu à mettre de côté toute forme de rationalité. Les biais cités plus haut, donnent des exemples précis de biais de raisonnement. J’ai pour ma part, une préférence pour l’effet IKEA

Comment identifier les biais cognitifs ?

Vous pouvez identifier les biais cognitifs quand vous sentez que votre pensée devient moins rationnelle, que votre cerveau vous oriente vers un élément qui vous conforte dans votre décision, ou que votre capacité de jugement est altérée.

Comment travailler les biais cognitifs ?

Connaître les principaux biais cognitifs permet de les identifier. Pour information, ce sont souvent les mêmes qui reviennent (je vous l’ai dit, le cerveau n’aime pas trop les efforts). Pensez à remettre en cause votre façon de penser, vos jugements et vos comportements. Doutez et osez explorer des territoires qui vont à l’encontre de vos certitudes

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